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9/08/10

Un groupe d’activistes rend visite à l’usine d’agrocarburants Tereos près du Havre

agrocarburant2Je reprend l'article publié sur HNS-info après l'action contre l'usine de production d'agrocarburant TEREOS vers Le Havre.

Ce lundi 2 août 2010, des militants sont entrés sur la zone de l’usine d’agrocarburants Tereos, à Lillebonne, près du Havre. Leurs objectifs : bloquer l’accès des camions d’approvisionnement en matière première céréalière, entrer sur le site pour déployer des banderoles afin de transmettre leur message : les agrocarburants ne sont pas une alternative aux ressources fossiles.

Tous les articles sur ce blocage.

NI PÉTROLE, NI AGROCARBURANTS !

agrocarburant3L’épuisement annoncé des réserves pétrolières et la catastrophe climatique déjà en cours nécessitent de laisser les ressources fossiles dans les sols. Les gouvernements et les lobbies industriels poursuivent pourtant leurs extractions. Pour se doter d’une belle image verte, et engranger au passage des bénéfices faramineux à l’aide du marché du carbone, ils développent rapidement en parallèle le secteur des agrocarburants.

Comme c’est le cas ici, à l’usine de Tereos, les agrocarburants sont produits à partir de produits céréaliers et transformés en carburant. Les « partenaires » de Tereos sont localisés en Europe, en Amérique du Sud, en Afrique, dans l’Océan Indien.

D’énormes quantités de terres sont nécessaires pour cultiver suffisamment d’agrocarburants pour remplacer une petite partie des carburants d’origine fossiles. Ils sont en train de devenir l’une des principales raisons de la destruction des forêts primaires. Des écosystèmes entiers sont remplacés par des monocultures intensives, or c’est la biodiversité qui garantit un climat stable. Les émissions de CO2 continuent de croître malgré le changement d’origine du carburant.

Les cultures d’agrocarburants sur les sols français ne font que déplacer le problème, puisque la nourriture qui n’est pas produite sur ces terres est importée, entre autres des pays du Sud.

agrocarburant4Les conséquences sociales pour les populations des pays du Sud, rapidement recouverts d’exploitations gigantesques de céréales destinées à remplir nos réservoirs, sont dramatiques. Un porte-parole de l’ONU a déclaré que 60 millions de personnes pourraient devenir des « réfugié-e-s des agrocarburants », expropriés de leurs terres pour faire place aux besoins de nos voitures, camions, avions. Le boom des agrocarburants a été l’une des causes principales des crises alimentaires de 2007-2008, quand les prix des de nombreux produits alimentaires ont grimpé de plus de 100%, déclenchant des émeutes tout autour du monde alors que la population n’avait plus les moyens d’acheter du riz ou du maïs.

Les agrocarburants ne réduisent pas les émissions de CO2, en revanche ils mettent en péril le droit des peuples à la souveraineté alimentaire.

Pour résoudre la crise climatique et garantir la justice sociale, nous devons nous organiser collectivement pour mettre en place les changements de fond nécessaires. Les mouvements sociaux des populations du Nord et du Sud peuvent reprendre en main et relocaliser la production énergétique et alimentaire. Nous devons faire passer les intérêts des populations avant les intérêts d’une poignée de multinationales et du capitalisme vert.

Changeons le système, pas le climat !

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

17/06/10

La mondialisation vue depuis un cargo

MondialisationCargo Le site terra-economica.info reprend l'un de mes textes dans son édition du jeudi 17 juin ! Le texte a été écrit à bord du cargo qui m'a transporté d'Afrique en Europe. Prendre le cargo pendant 10 jours et suivre les grandes routes commerciales (même depuis l'Afrique) n'est pas anodin. Ce moyen de transport est une alternative à l'avion qui pollue, mais ces bateaux sont aussi une des faces de la mondialisation. C'est à lire (et à commenter) par ici.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

14/06/10

7500km en cargo pour rentrer en Europe.

Voici un texte écrit à bord du cargo Grande Nigeria de la compagnie italienne Grimaldi. Je le publie une fois arrivé à Amsterdam. Je passe ce soir (lundi 14 juin, vers 23h15) sur France Inter dans l'émission Allo la planète, à écouter sur votre radio en FM ou sur Internet !


Bientôt l’arrivée à Amsterdam. Depuis quelques jours je n’ai pas touché terre.

Je suis à bord d’un cargo. J’ai embarqué à Tema au Ghana le 31 mai, nous sommes partis le 1er juin. A part un arrêt le lendemain, nous ne nous sommes pas arrêtés. J’ai choisis ce mode de transport pour rentrer en Europe et terminer un voyage débuté en février 2008. 10 jours de mer pour remonter du 4° parallèle au 52° de latitude nord. La vie à bord est monotone mais je ne m’ennuie pas. Mille et un détails animent cette dernière partie du voyage que j’ai voulu atypique. La Terre est immense, une bonne partie est couverte par les océans que je connais peu et qui sont peu visité. Je me devais de le faire, par curiosité. Je voulais aussi prendre la mesure de ce passage de l’Afrique à l’Europe et découvrir la vie d’un cargo qui commerce avec le continent le plus pauvre au monde.

canary island

Les raisons sont donc multiples, la principales est sans doute la curiosité. Je me suis préparé comme pour une expédition, je n’avais rien d’autre à faire. De longues journées d’attentes à Tema avant l’arrivée du bateau, qui ont fait suite à des semaines de démarche pour trouver une compagnie, acheter un billet et finalement traversé 3 pays pour arriver au pied de la passerelle. Durant mon dernier séjour à terre j’ai acheté des oranges, de la canne à sucre à mâchouiller, des biscuits avec la tête d’Obama dessus, 1kg de nutella fait au Ghana et qui sent le beurre d’arachide, du dentifrice, bref de quoi tenir en autarcie loin de tout. Passer 10 jours en mer, même à bord d’un bateau long de 200m et haut comme un immeuble de 8 étages, c’est comme traverser un désert. J’ai aussi conservé un stock de médicament en cas de diarrhée de dernière minute ou de crises de paludisme à retardement…

En fin de compte ces fruits ne m’ont pas servis, la nourriture est abondante mais peu diverse : pâtes à tous les repas dans ce bateau sous pavillon italien, puis poisson et un énorme morceau de viande, des fois avec des légumes, puis un fruit. Les services sont à 7h30, midi et 18h. Ceux qui ne peuvent être présent ont une assiette couverte de cellophane qui attend à leur place attitrée la fin de leur quart. En tant que passager, je suis à la table d’honneur avec le capitaine et les officiers en second.

27 hommes sont à bord, dont un tiers d’italien et le reste d’indiens. La routine à bord pèse sur ses hommes forcés de vivre confinés sur cet espace somme tout restreint. Les ordinateurs portables et lecteurs MP3 sont leur refuge le soir, une fois leur 8 à 12h de travail terminé. Un passager à bord, peu fréquent dans le sens où je l’ai pris et en général moins nombreux dans les liaisons avec l’Afrique qu’avec les autres continents, est une animation bienvenue même si les contacts sont rares en dehors des officiers que je côtoie à table.

La domination du Nord sur le Sud est toujours présente : les salaires pour les italiens est environ le double de celui des indiens. Le temps passé à bord est aussi différent : 4 mois pour les marins européens, 7 pour les autres. Symbole de la mondialisation, les marchandises transportés sont constitués de produits chimiques ou manufacturés dans le sens Nord-Sud (principalement de vielles voitures trop polluantes pour le Nord, mais aussi des camions, des engins de travaux) et de produits brut dans le sens Sud-Nord (cacao, arbres, légumes).

Je passe mon temps dans ma cabine, à jouer avec un vieux jeu de 1994 récupéré la veille du départ sur Internet. Je fais un peu de photos et de vidéos à bord, édite quelques reportages, lit très doucement le seul roman qui me reste et que j’ai pu trouver au Bénin dans une auberge pour volontaire. La salle de gym du bateau me permet de faire un peu de vélo et de soulever des poids une demi-heure par jour. J’ai aussi des centaines de films sur mon disque dur et j’en regarde plusieurs d’affilé. Tous les jours vers 9h le steward qui fait le service pour les officiers vient faire le ménage.

Dehors le paysage est monotone : une mer de nuages sur un océan aquatique, une variation de bleu qui bouge très lentement, nous avançons à 18 nœuds, ce qui doit correspondre à 32 km/h environ. Nous croisons de rares bateaux lorsque notre route croise les axes de navigations. L’espace à beau être immense, l’organisation du commerce international nécessite toujours de faire les trajets au plus courts et les bateaux suivent des circuits bien définis. Pas d’oiseau dans le ciel, même au passage à proximité des îles canaries au large du Maroc, mais quelques dauphins vus de loin et des poissons volant vu du haut de la passerelle. Nous avons été suffisamment proches pendant quelques heures pour capter le réseau de téléphonies et chacun a passé un appel à sa famille. Par chance, nous avons eu droit au couché de soleil sur les îles, avec un ciel nuageux couvrant ces reliefs dépassant de l’océan atlantique. Comme un cliché, l’eau est devenue dorée, les silhouettes des iles ont virée du bleu profond au noir, et les nuages ont été percés des derniers rayons de soleil inondant cette scène d’une lumière féérique. Voir ce spectacle de la nature depuis le large fut un moment unique que peu de personne ont eu la chance de vivre.

Le ronronnement du bateau est continu. Les vibrations du moteur de ce géant au ventre vide de retour d’Afrique se répandent dans les murs, les meubles et tout ce qui peut bouger, la houle de la haute mer cogne contre la coque, la ventilation souffle tout le temps et le vent du large siffle au dehors. En même temps, les mouvements lent du gîte et du tangage me berce dans mon lit ou me font tituber lorsque je marche. Je n’ai pas le mal de mer, mais je sais qu’en arrivant à terre j’aurais toujours l’impression de marcher sur une eau en mouvement, au moins pendant quelques heures.

J’ai eu droit à deux visites du bateau, sans compter un rapide tour pour la sécurité avec les combinaisons étanches, les bouées et bateau de survie. Un officier italien m’a fait visiter les ponts et un officier indien la salle des machines. C’est grand, parfois sale mais en bon état, et les murs sont régulièrement couvert de d’affiches ou de mots d’ordre pour la sécurité. Des plans du bateau sont accrochés partout avec les différents points d’équipements de secours, d’électricité, d’eau, et je ne sais quoi encore. Le pont, là où les commandes du bateau sont regroupées, est tout en haut, au 13ème étage. L’endroit est clair avec toutes ces vitres panoramiques qui permettent d’observer la mer, et est étonnante avec tout ces cadrans, ces radars, ces manettes et téléphones. De là on commande tout le navire et on communique avec la terre.

Voilà un long récit, vous pouvez continuer à rêver en regardant les photos !

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

29/05/10

Toujours à Tema, Ghana

Je suis au Ghana et je n’en finis plus d’écrire sur mon départ, 3 textes en 3 jours ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je veux sans doute garder une trace de ces dernières sensations de voyage, tant j’ai l’impression que mon voyage sera terminé une fois débarqué à Amsterdam…

Je me brossais les dents il y a un instant, et l’image que le grand miroir de ma chambre me renvoyais est finalement étonnante et illustre ce denier voyage en Afrique. Je porte un pantalon de bazin blanc, acheté et taillé sur mesure au Togo il y a une semaine. C’est un bazin de luxe, un tissu de coton amidonné (en principe du Mali mais j’ai l’impression que le mien vient d’Allemagne) très confortable et agréable à regarder, même en France. Je veux dire que ce n’est pas un tissus tape à l’œil comme les chemises africaines immettable sous nos cieux (mais que j’ai pourtant acheté en nombre... pour les amis sûrement)

La coupe est assez large car j’ai du perdre plus de 10kg depuis mon départ de France le 19 février. Mes joues sont creusés, j’ai l’impression que mon ventre a trop de peau, je peux compter mes côtes et admirer mon épine dorsale. Je ne grignote plus du tout depuis 3 mois et je ne compte plus les repas sautés, les raisons sont nombreuses. La fatigue du soir ou la chaleur du jour ne me pousse pas à la recherche. Il m’est des fois impossible de trouver autres choses que de la cuisine de rue à l’hygiène suspecte : les plats sont vendus sur les trottoirs, séparés de la route (poussiéreuse) par un égout à ciel ouvert. Mon hôte ou mon hôtel ne cuisine pas comme convenu. Le plat est si épicé ou gluant que ne fait que gouter une bouchée…

Je n’ai quasiment rien perdu (à part du poids) depuis mon premier départ en février 2008, mais aujourd’hui j’utilise une brosse les dents achetée dans un supermarché voisin car j’ai oublié la mienne dans l’hôtel précédent. Au début de mon voyage je n’arrêtais pas de faire 3 fois l’inventaire de mon sac mais en fait très peu d’objet sont absolument utile, et la plupart peuvent être remplacé dans le pays où je suis. Même le vol de mon ordinateur et de mon appareillage de prise de vue dans un train en Serbie l’an dernier non pas été trop grave grâce à ma bonne assurance (Filia MAIF) et à mes sauvegardes sur un disque dur externe.

Même la musique que j’écoute sur mon ordinateur alors que je tape ce texte me ramène à cet univers de voyage, ce monde différent dans lequel je vis pour le moment. Jimi Hope, un artiste togolais, chante une espèce de blues en ewe ou dans une autre langue inconnue et incompréhensible. Son album a été réalisé dans les pays du Nord et je l’ai vu en concert au Centre Culturel Français de Lomé au Togo. J’ai assisté à plusieurs spectacles dans les CCF à travers l’Afrique de l’ouest où ils jouent un rôle important tant il est difficile de trouver des salles de concerts corrects pour les artistes. Tant pis pour le rôle néo-colonial de l’ex-pays dominateur, que se retrouve promoteur d’une culture locale disponible pour une élite et bien différente de la soupe synthétique et réductrice qui se déverse dans les rues.

Je vais maintenant quitter ma chambre d’hôtel moyen de gammes pour essayer de visiter le port, sans doute le principal point de contact entre le Ghana et le monde extérieur. J’ai utilisé hier l’air conditionné pour la première fois tant l’air était moite après un orage. Mais le bruit du vieil appareil était trop fort et j’ai éteint. Le ventilateur au plafond n’a plus qu’une vitesse et branle dangereusement en tournant. L’unique lampe de la chambre a un verre a moitié cassé et joue à cache-cache avec les pales du ventilo, donnant un aspect stroboscopique désagréable. Les détails s’enchainent : le sommier à lattes disparates et pleins de trou qui vous casse le dos, les planches de la porte découpé à la hache et qui ferment difficilement, le beau carrelage de la salle de bains concassé pour faire rentrer la chasse d’eau des toilettes dans un espace trop étroit…

Dernier coup d’œil dans la classe avant de partir. Ah oui, penser à trouver un coiffeur ! Le dernier n’avait pas l’habitude des cheveux de blanc. D’habitude il se contente de raser les têtes noires. Moi il m’a taillé aux ciseaux. Mieux vaut garder une casquette sur la tête pour cacher le massacre pour le moment.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

Mes derniers instants en Afrique

Je pars demain. Je ne sais pas à quelle heure. Mon contact à la compagnie Grimaldi doit m’appeler : « demain ! ». Le cargo arrive de Lagos, mais impossible de savoir à quel moment il aura un quai de libre pour accoster. Je profite donc de mes derniers instants en Afrique pour parcourir cette ville inconnue d’où je vais embarquer pour 14 jours de mer. 14 jours, peut-être plus, ça dépend de l’état de la mer…


** En fait mon départ est repoussé de vendredi à dimanche car le cargo n'est pas encore arrivé**

Téma, aucun guide de voyage n’en parle. Apparemment il n’y a rien à visiter ici quand je pose la question. Je pars donc pour une de mes activités favorite : faire le tour du marché et comprendre l’organisation de mon quartier. Il n’y a pas d’urbanisme comme en Europe, mais le marché est toujours le point central. Je trouve à côté la poste et les bureaux de change. J’envoie quelques cartes postales, les premières depuis mon arrivée il y a 3 mois en Afrique je crois. Je change des dollars américains acheté au marché d’Antakya (Antioche) en Turquie il y a 2 ans et qui ne m’ont jamais servit, j’achète des euros pour avoir de l’argent de poche à bord de mon cargo. J’achète aussi un peu de cedies, la monnaie du Ghana, car mes achats de dernières minutes m’ont couté plus que prévus et je ne veux plus utiliser ma carte Visa.

Quand je me ballade dans les marchés, ou leur équivalent du monde arabe, les bazars, je n’achète que des petits trucs à grignoter car c’est assez difficile de marchander avec la foule qui vous presse. Un marché est un monde à part, c’est le centre d’une galaxie. Les villageois qui viennent ont parfois l’air d’extraterrestre, avec leurs vêtements différents ou leur appréhension face au trafic routier. Vous trouvez les fruits et légumes produits à quelques kilomètres à la ronde, mais aussi tout ce qu’une grande ville peut récupérer : chaussures et habits de seconde main, des appareils électriques…

Au milieu de tous ces stands construits avec 4 planches ou simplement délimité par un bout de tissus posé à même le sol, les cantines sont à peine moins mouvementées. Les femmes sortent de grandes bassines remplis de riz, fufu, manioc, ignames. Les sauces arachides ou tomates sont dans de petits ports et sur un coin de tables trône le poisson séché noircis par la fumée, les brochettes de bœufs et les cuisses de poulet rougis par l’huile dont elles sont badigeonnées. Trop de monde, trop de regards vers le blanc, je n’ose jamais sortir mon appareil photos.

Du Ghana en Europe, je vais mettre 14 jours. A l’époque du commerce triangulaire, les négriers mettaient 2 à 3 mois pour faire le chemin inverse. Sur l’ensemble du parcours, 30 à 40% de l’équipage pouvait décéder, et 10 à 20% des esclaves. J’aurais la belle vie à bord de mon cargo avec cabine personnelle et TV satellite (parait-il), mais je prévois quand même quelques courses :

  • des chocos pour mon petit-déj, et une pâte comme du Nutella, trouvé dans un supermarché.
  • une quinzaine d’orange, toutes vertes et moins bonnes que celle du Maroc.
  • un peu de corned-beef pour me faire un sandwich au cas où et quelques biscuits avec la tête d’Obama dessus.

En rentrant à mon hôtel je trouve un magasin de produit locaux, j’en profite pour acheter du schnaps, qui sert pour les rites vaudou et pour les mariages, et des biscuits secs. Il y a aussi du beurre d’arachide et de chocolat, mais c’est trop lourd pour mon sac. J’ai droits à 100kg de bagage à bord, mais après il me faudra tout transporter du port d’Amsterdam jusqu’à la maison quand même. Je m’arrête encore une fois en route pour manger une saucisse grillé et un verre de liqueur de chocolat puis je rentre me mettre à l’abri. Un orage arrive et je n’ai pas envie de me noyer à cause d’une pluie tropicale.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

28/05/10

Sur togozine.com : "Benka, un globe trotter en mission"

J'ai repondu par email a une interview pour le nouveau site togozine.com. Vous pouvez le lire a cette adresse.

Benka, un globe trotter en mission http://togozine.com/benka-un-globe-trotter-en-mission/

Benka est un globe trotter en mission. Il a parcouru l’Europe pendant plusieurs mois pour collecter les témoignages de celles et ceux qui s’engagent contre le changement climatique. Tous les moyens de transport sont bons sauf l’avion car « celui-ci est le mode de déplacement le plus polluant par passager transporté ». Sa prochaine destination était l’Asie. C’est pourtant à Lomé qu’il était ces derniers jours. Il a accepté de répondre aux questions de Togozine.

D’abord, pourquoi l’Afrique?

J’ai choisi l’Afrique par défaut. Lorsque j’ai préparé mon voyage en 2007 l’idée était de parcourir l’Europe et l’Asie et comparer les réponses dans la lutte contre le changement climatique. Pour plusieurs raisons, je n’ai pas pu rejoindre l’Asie : passage par la route impossible au Pakistan, délais trop long pour obtenir les visas pour faire le trajet avec le Transsibérien. Au final, en janvier 2010, je me suis décidé pour continuer mon voyage vers un continent accessible par la route et où il est facile d’obtenir les visas : l’Afrique.

Combien de pays avez-vous traversé depuis votre arrivée sur le continent?

Je suis arrivé au Maroc, au Maghreb, même si la géographie nous dit que le pays est africain. J’ai ensuite traversé rapidement la Mauritanie et le Sénégal, je me suis posé un peu au Mali et au Burkina, et plus longuement au Togo où un ami français milite depuis plusieurs années. Je suis actuellement au Bénin et je voudrais aussi aller au Ghana.

Aviez-vous des apriori ?

Je ne pensais pas avant à l’Afrique car je n’avais pas d’attirance particulière, je voyais les africains (sans faire de différence entre les populations et les classes dirigeantes) comme dépendant des ex colons et attendant tout des blancs dominateurs. En bref, c’était pour moi des pays sans projets, sans identités propres, avec une histoire commençant avec l’esclavage, en train de mourir du SIDA, exploité par la mondialisation, en un mot sans avenir.

Au moment du départ, je rassemble mes idées et mes contacts, et découvre que d’autres voyageurs ont parcouru ces pays, que des ONG dynamiques essayent de se battre, que des solidarités se tissent pour lutter contre un capitalisme aussi dévastateur au Sud comme au Nord. Au final, quoi de mieux que d’aller sur place pour rencontrer directement les africains et comprendre un peu mieux les subtilités et différences de ce continent.

Quels apriori sont tombés les premiers?

Le premier apriori qui n’est pas tombé mais c’est confirmé, est qu’il fait chaud et que c’est dur de bouger tout simplement sous la chaleur. J’ai du affronter des températures de plus de 45° au Mali et au Burkina.

Quels apriori sont tombés ? Je ne trouve rien au premier abord. Je pense plutôt à des ONG remplis de projets qui restent au stade du papier, à des jeunes qui ne pensent qu’à immigrer en Europe, à la domination d’une classe dirigeante compromise avec les anciens colons, à une pauvreté généralisé, à un manque d’éducation qui rend difficile une discussion poussée.

Il existe des perles au milieu de cet océan, des hommes (et quelques femmes qui se sont battus encore plus) qui analysent clairement la situation de leur pays et arrivent à tisser un réseau de conscience plus ou moins tenu, quelques intellectuels (mais qui finissent toujours par citer des menaces plus ou moins lointaines).

Les différences me semblent tellement énormes que je ne me vois que comme un étranger. La meilleure chose que je puisse faire est de travailler de retour dans le Nord sur les causes de dominations, mais je ne me vois pas soutenir des projets humanitaires ou de développement tant la tâche est immense et qu’il est difficile de trouver un partenaire dans lequel ont puisse avoir confiance.

Comment avez-vous entendu parlé du Togo pour la première fois?

C’est un ami résistant, français marié à une togolaise, qui m’a fait connaitre le pays et surtout sa capitale. Son réseau de contacts m’a permis des rencontres intéressantes et son expérience de l’Afrique m’a donné des clés de lecture que j’aurais cherchées en vain sans lui.

Au Togo, qu’est ce qui vous a le plus marqué par rapport aux autres pays d’Afrique que vous avez traversé ?

J’ai trouvé que le Togo est dominé par la même famille depuis plus de 40 ans, et que les bains de sang commis dans cette miette de l’Afrique n’ont pas l’air de déranger les dirigeants français, sans doute parce qu’ils sont complices et qu’ils en tirent bénéfice.

En regardant à la surface, j’ai trouvé un calme bienfaisant dans les rues de Lomé, loin du tumulte de Ouagadougou ou de Bamako. Ce calme est sans doute du au déclin de l’activité après l’embargo qu’a connu le pays et suite aux élections truquées des derniers mois. Même si la situation méridionale de la ville est l’un des facteurs, l’émigration des togolais qui ont fuit les troubles et la pauvreté doit en être responsable tout autant.

Est-ce que vous avez rencontré des acteurs de la lutte contre le changement climatique au Togo ?

Franchement, j’ai vu peu de choses, pour plusieurs raisons :

  • j’ai travaillé avec les jeunes du quartier Avedjivi sur un atelier vidéo qui m’a pris plus de temps que prévus.
  • je n’ai pas poussé les contacts que j’avais pour faire mes reportages
  • je n’ai pas trouvé de projets concrets et remarquables apriori
  • je suis resté tout le temps à Lomé sans bouger ailleurs dans le pays.

Est-ce que vous trouvé que les togolais sont assez concernés par le sujet?

Les togolais sont bien sûr concernés, mais peu sont conscients. Ils sont concernés car les températures sont en hausse et les précipitations en baisse, ce qui à un impact sur l’agriculture. L’érosion de la côte est souvent citée en exemple également. Mais être conscient des actions à mener et de pouvoir les réaliser est un autre pari.

L’Afrique est soumise à une double peine :

  • ses ressources humaines et naturelles ont été pillé par les colons du Nord et les classes dirigeantes, et continue de l’être avec l’aide des théories capitalistes. Cette exploitation du Sud par le Nord a permis le développement de mon pays par exemple, avec un productivisme qui a engendré les émissions de gaz à effet de serre, responsable du changement climatique.
  • le changement climatique créé par le Nord a un impact mondial et touche en premier lieu les paysans africains dont la majeure partie est restée quasiment à l’âge de pierre. Le Nord continue à refuser de diminuer ses émissions de gaz à effet de serre tout en refusant de financer l’aide à l’adaptation réclamée par les gouvernements africains.

Les gouvernements devraient arrêter de payer leur dette extérieure et réclamer le paiement de la dette écologique du par les pays du Nord et les compagnies qui les ont exploités.

Le récent livre Le Temps de l’Afrique écrit par Jean-Michel Severino et Olivier Ray, spécialistes du développement a été beaucoup commenté ces dernières semaines. L’article L’Afrique Noire serait-elle bien partie? publié dans Youphil souligne que « «Les deux auteurs sont convaincus que l’Afrique va connaître un essor très important dans les années à venir. A condition de savoir faire face à deux écueils: l’instabilité politique et la crise environnementale globale qui l’impactera fortement ». Qu’en pensez-vous ?

Je n’ai pas pu lire l’article ni le livre, mais je vois peu d’espoir pour les africains dans les années à venir. Par contre, le système capitaliste, s’il n’est pas abattu, pourra certainement garantir de beaux revenus à une minorité qui profitera de cette zone de non-droit aux ressources naturelles immenses.

La crise environnementale ou sanitaire ne menace que ceux qui ne peuvent pas payer pour se protéger, et parler d’instabilité politique à la place de dictatures ne me semble pas honnête. Il faut changer de système politique, mais les alternatives démocratiques ne semblent pas nombreuses pour les remplacer.

Comment avez-vous fêté le 27 avril dernier, le jour de l’indépendance ?

Le samedi j’ai été à Agoué au centre des jésuites pour une fête de quartier, plusieurs centaines de personnes, quelques jeunes qui criaient au fond sans respecter le public et des numéros de playback plus quelques danses hip-hop dont certaines bien faites mais sans intérêt. Seuls quelques adultes m’ont semblé intéressants, avec des fables ou de l’humour, mais rien ne traitait de l’indépendance.

Le centre Mytro Nunya a organisé des débats sur 50 ans d’indépendance ou de néocolonialisme avec des archives sonores et vidéo qui ont rassemblés quelques dizaines de personnes. Je n’étais pas à cette soirée car je m’étais levé de bonne heure pour rencontrer des frères franciscains à Soviépé. Ils ont finalement refusé d’être filmés par les jeunes pour expliquer l’histoire de leur quartier sous de faux prétextes qui m’ont mis en colère. Des jeunes, que les religieux connaissent depuis leur enfance, se voit refuser la participation de personnes qu’ils respectent, alors qu’ils sont au chômage et ne font rien d’autre de leur journée.

J’ai ressenti ces fêtes comme une poudre aux yeux, une série de cérémonies (j’ai vu les communications depuis le Mali jusqu’au Togo) des riches pour éblouir les pauvres et leur faire oublier pendant un instant leur espoir de libération.

Au final, est-ce que vous êtes content de ce voyage?

Globalement je suis content d’être venu. Ca ne restera pas ma plus belle destination, mais c’est sans doute l’une des zones où j’ai appris le plus (même si je n’ai pas tout compris).

Benka, merci pour cet entretien et bonne continuation pour la suite de vos voyages que nous pouvons suivre sur avenirclimat.info

Propos recueillis par Yawa

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

10/05/10

Une matinée à Cotonou

Réveil par étapes. RFI à pleins tubes chez les étudiantes nigérianes de la chambre d’à côté. Démarrage vrombissant en dessous de ma fenêtre de la BMW de la femme de mon hôte. Bruits de casseroles qui s’entrechoquent dans les cuisines. Premiers cris dans la rue au passage des zemidjans, ces motos-taxis kamikazes mais incontournables.

Il est 6h15 au premier coup d’œil. J’ouvre un autre œil à 7h et je finis pas me lever, fatigué, à 8h. Il fait déjà chaud, j’ai dormis les fenêtres grande ouvertes pour laisser l’air frais de la nuit rentré, mais les pâles du ventilateur suspendu au-dessus de mon lit ne sert plus qu’à sécher la sueur. Pas de couverture ni de drap, je dors en caleçon depuis des semaines. Pas de volet non plus à ouvrir le matin, de toute façons, les maisons à étages dans ce quartier prospère sont construites si proches les unes des autres qu’il faut monter sur le toit pour voir le soleil.

Je descends à la salle à manger retrouver mon hôte qui a déjà mangé un plat de riz ou de pâte de maïs. La famille mange à part, et je partage des fois le repas du soir ou du midi en tête à tête avec le docteur Sossou, gynécologue mais aussi diplômé en droit de l’environnement et en économie. Ces trois emplois cumulés en une journée de travail de 12h non-stop lui permettent de payer son 4x4 japonnais et sa BMW, ainsi que la construction de la maison entreprise il y a 5 ans et pas encore finis.

J’avale un peu d’eau chaude soupoudré de café instantanée, un carré de sucre mais je délaisse le lait en poudre ou concentré au gout bizarre. Je trempe un bout de pain tout mou, sans beurre du Poitou-Charentes ni confiture, on n’est pas à la maison. A Lomé j’avais du pain-sucré, une espèce de pain brioché étonnamment bon.

Le déjeuner est prit dans la salle à manger-salle de réception, avec l’incontournable canapé taillé pour accueillir les formes généreuses des mamas africaines. On a l’impression d’être dans une grotte tellement les murs sont proches des fenêtres. Je sue à grosse goutte et trempe ma chemise le temps de dire bonjour.

Je remonte vite prendre ma première douche matinale. J’ai mis un seau à remplir au goutte-à-goutte qui sort des robinets. Au dire des géographes de l’université rencontré plus tard, le pays ne manque pas d’eau mais la gestion est catastrophique et entraine des coupures à cause du passéisme et de la corruption.

Je me retrouve tout humide, pas la peine de se sécher je serai à nouveau en sueur dans un instant. Je fais mon sac en emportant le minimum, on m’a dit tellement de mal des zemidjans de Cotonou que je méfie pour ma première tentative. Le jeune frère de mon hôte, ils ont dans les 20 ans d’écarts, sort dans la rue. Il sélectionne une moto-taxi sur un critère qui m’échappe (une pas trop pourri sans doute, avec au moins des freins et un rétro) et négocie un tarif local, inférieur de 25 à 50% à ce que je paierai par moi-même. 600 F CFA pour aller à l’université qui est selon mes sources à 15 ou 20 km au nord de Fidjirossé.

Je m’assois derrière mon chauffeur recouvert de sa chemise jaune avec son matricule écrit au pochoir et c’est partie pour mon premier rallye à deux roues dans la capitale économique du Bénin.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

25/03/10

Réseau : les Free(wo)men sont de retour

logo_freewomenPlus que jamais les free(wo)men ont une raison d'être et un rôle à jouer. Nous lançons pour cela un appel, dans l'objectif de mettre à jour une nouvelle liste des blogs et sites free(wo)men. Une nouvelle liste de diffusion (information et discussion) sera également bientôt mise en place. Si vous désirez participer à ces "Freemen 2.0", nous vous demandons, dans un délais raisonnable (de préférence avant fin mai 2010) :

  • De réaffirmer votre attachement aux principes freemen par un post sur vos blogs.
  • De répondre à ce mail en nous informant :
    • Si oui ou non vous souhaitez rester au sein des free(wo)men.
    • Avec quel(s) blog(s).
    • Si vous souhaitez être inscrit à la nouvelle liste de diffusion.
    • A quelle(s) adresse(s) mail.

PS : Si vous n'avez plus de blog, ou si vous avez cryogénisé votre blog, comment voyez-vous votre participation à ce réseau ? Nous vous proposons par exemple de (re-) découvrir le NING (réseau social) Freemencafé en accès libre, à l'adresse http://freemencafe.ning.com/, sur lequel vous avez la possibilité de créer un profil personnel. Des propositions d'actions communes (par exemple la publication d'un post commun lors de la journée de l'environnement...) pourront y être postées. Chaque freemen reste bien sûr libre de participer ou non à ces actions.

Freemenement, Un collectif de quelques free(wo)men

L'appel

Nous appelons tous les esprits libres, tous les citoyens du monde à rejoindre le réseau freemen. Freemen est un réseau de blogs dont les auteurs sont convaincus que :
* Le réchauffement climatique est un problème majeur, pas seulement écologique mais aussi politique et économique.
* S’attaquer à ce problème et à d’autres (guerres, pauvreté, etc…) nécessite la remise en cause de nos modèles économiques et particulièrement de la notion de croissance.
Au delà, comme le nom "Freemen" l'indique, chacun pense, écrit ce qu'il veut sur son blog. L'ensemble de ces contenus doit petit à petit former une nouvelle « chaîne », un nouveau « journal », chacun parlant de politique, mais aussi, d'art, de ciné, de tout...
Pour faire partie du réseau, il suffit de :
* Relire les deux principes ci-dessus.
* Si on est toujours d’accord, afficher sur son blog une liste des blogs freemen pour augmenter la visibilité de l’ensemble du réseau.
* Pour être inscrit sur la liste, se signaler à un freemen qui transmettra.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

23/03/10

Depuis Koutiala, Mali

Bon, on va essayer un billet pour vous dire ce qui ce passe dans le coin, sans faire trop miséreux non plus.

Je suis arrivé à Koutiala samedi 20 mars. Je dois rencontrer le GERES Mali qui travaille à la création d'une filière local d'huile végétale pure à partir de Jatropha planté en haies ou dur de petites surfaces. Le carburant doit rester au niveau local pour les moulins, groupes électrogènes, pompes ou tracteurs des villages.
La période n'est pas trop bien choisis car ils ont pas mal de boulot, donc je vais peut-être partir pour le burkina-fasso sans avoir fait ma vidéo... Les transports sont pas simple dans cette ville de 100 000 habitants avec juste quelques taxi, donc il faut trouver quelqu'un à mobylette, moto ou en 4x4 pour me transporter. Quasiment pas de resto au bord des routes car tout le monde mange chez soit, donc pas facile non plus de trouver à bouffer (et il n'y a pas de cuisine à la mission catholique où j'ai atterrit). ah oui, et j'ai trouvé un lézard momifié avant-hier sur mon oreiller, après que j'ai secoué la moustiquaire pour la ranger pour la journée....

Je suis arrivé le 21 février à Tanger et le 9 mars à Bamako.

  • J'ai réalisé 4 vidéos avec le GERES au Maroc, dont seule une série de photo ont été publiés, et loupé une interview à Rabat avec un fonctionnaire sur les seuls projets CDM/MDP d'Afrique du Nord et peut-être d'Afrique.
  • J'ai une série de photo sur mon road-trip Tanger-Bamako en 7 jours, mais quasiment sans aucun texte mis à part les légendes des photos.
  • J'ai rencontré le Réseau Carbone à Bamako, sans pouvoir faire de vidéo ni avoir pus prendre de note.. Malgré plusieurs contacts, je n'ai pas pu voir les services de la météorologie nationale : trop de paperasse à faire, de personnes pas motivés... J'ai pu faire 2 interviews avec l'ONG Sahel Solidarité Mali mais sans avoir pu aller voir sur place leur projet d'écotourisme, dépollution des sols et agro-écologie malgré deux tentatives. Je n'ai pas contacté non plus Yoro, l'animateur national de l'ONG française LACIM



Mes deux premières semaines au Mali m'ont semblé un mois ! J'avais prévus d'aller en Chine et d'être à -40°C en février dans le transsibérien en Russie, pas de supporter +40°C à Bamako avec l'impression d'être dans un four où l'on souffle de la poussière en permanence, il y a peu de routes goudronnés à Bamako et les concentrations en particules fines dans l'atmosphère sont 100 fois plus élevé que les seuils de l'OMS, pour des pics atteignant les 500 fois !
Un expatrié à Koutiala explique que le salaire de base malien est 20 fois inférieur à celui en France, alors que l'essence est quasiment au même prix (700 CFA pour 1 litre de carburant pour les petites motos). Cette différence aide à comprendre l'habileté de certains vendeurs à vous vendre 3 fois plus cher de l'artisanat sous prétexte que vous êtes un touriste blanc et qu'il a une famille à nourrir (jusqu'à ce que vous le retrouviez ivre mort le lendemain matin au bout de la rue).

Pour l'instant j'ai du mal avec l'Afrique. C'est pour moi un paysage désolé : peu de végétation, à cause de la pression démographique et du climat sahélien, des échoppes de 3 bouts de bois pour vendre un peu d'essence, de bois, de l'épicerie, des volailles... Pas de gros problèmes de grappes d'enfants ou de racoleurs comme dans certains endroits en Inde, mais souvent un grand sourire pour dire que ce n'est pas possible (de faire un café, d'avoir un renseignement...). Les rencontres sont rares pour le moment avec ceux qui ne vont pas demander un peu d'argent ou un cadeau avant la fin d'une conversation amicale dans la rue et je commence à n'en plus pouvoir du menu frites-brochette de veau pas cuite midi et soir. J'essaye de dormir quelques heures entre 11h et 16h quand il fait le plus chaud, mais même sans bouger sous un ventilo on est en sueur, humide, moite, collant.

Les projets sont très nombreux au Mali, où alors si peu nombreux que tout le monde en parle, et qui allient écologie et développement : agro-foresterie, éco-tourisme, utilisation de l'eau, gestion de la forêt, mais à chaque fois ce ne sont que des projets financés par l'aide au développement ou la coopération. Même les programmes de coordination du ministère de l'environnement (le Projet d'Appui à la Politique Environnementale) est financé par la coopération allemande avec le GTZ. Sans l'Europe, les USA ou la Chine il n'y aurait rien : pas de financement, ni de technicien ou d'ingénieur pour mener les projets. Dimanche soir, en regardant les résultats (et l'abstention) pour les régionales françaises, un malien m'explique que le président ici n'a pas de partis, il n'en a pas besoin car c'est la France qui le nomme de toute façon. Le réseau Carbone, qui souhaite mené des projets d'atténuation et d'adaptation financé par des crédits carbone, à notamment l'ambition de faire revenir la diaspora malienne au pays : c'est un des points important de son projet !

Les projets que je vois pour le moment, ainsi que la vie en général, me semble anecdotique, des pansements sur une jambe de bois. Il n'y a quasiment pas d'autonomie financière pour des projets qui dépasse l'échelle de l'affaire familiale. La santé, l'alphabétisation, la justice sont à un niveau basic. Les projets sans aide humaine ou financière du Nord me semblent peu viable.
Une française qui participe à un atelier de bazin critiquait les femmes qui ne prenait pas d'initiatives : pourquoi toujours utilisé 4 couleurs, pourquoi se limiter à quelques motifs sans cesse identique ? Pas assez d'imagination bridé par la traditions, manques de cultures, pas de projections dans l'avenir pour anticiper les ventes...
L'afrique, un autre monde que j'ai encore trop de mal à comprendre.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

8/12/09

I love myself : gentrification à Norrebro

746.jpg Durant la COP15, le sommet de l'ONU sur le climat qui se tient en ce moment à Copenhague, je suis hébergé par un militant. Il habite dans le nord de Norrebro, le quartier cosmopolite de Copenhague : les enseignes sont dans toutes les langues, et à deux rues de chez moi il y a des barbus qui ont lancé la polémique à l'époque de la caricature. Mais l'évolution qui a touché les autres quartiers du centre-ville commence à grignoter ce qui est devenu mon quartier, et les riches envahissent l'espace.

norrebro55 Les en-cas dans la rue sont 30% moins cher qu'en centre-ville, les épicerie proposent les sac de patates par paquet de 5Kg ou lieu d'1Kg, les magasins de voitures ne présentent que des modèles d'occasions...
Dans la rue, je croise des vieux sans dents qui ont l'air un peu dingue, des groupes de femmes "qui ont gardé leur drap sur la tête" comme m'a dit un colocataire, des adolescentes aux traits asiatiques maquillé comme des voitures volés, des étudiants qui fréquentent la bibliothèque voisine.
L'avenue n'est pas très agréable, c'est un grand canal urbain, dont les digues sont des immeubles de brique aux couleurs rouges assombries par le temps humide et la nuit précoce qui vous accueille dès le début d'après-midi. Le fond du canal est animé par des rangées successives : les piétons d'abord, les vélos, puis les bus et enfin les voitures, qui filent à toutes vitesse au milieu de cette ligne droite. C'est tout de même très pratique car le canal s'étend du centre-ville jusqu'à la banlieue, quasiment en ligne droite. Pour moi c'est parfait, je suis relié en bus, métro ou vélo aux principaux sites du sommet officiel ou alternatif de la COP15.

norrebro1 La rue où j'habite est l'une des dernières encore constitué de petites maisons ou d'immeuble bas. Mon immeuble est sur 3 niveaux, ça douzaine d'occupant vivent dans quatre appartements et se croisent toutes la journées, pour cuisiner chez l'un, papoter dans la chambre de l'autre, faire la lessive en commun avec la machine à laver du sous-sol ou chercher ce qui me semble être la dernière pompe à vélo de la maison ! On fait coucou au voisin par la fenêtre, d'autres jeunes avec qui ont fait des collages d'affiches depuis quelques semaines pour annoncer les manifs durant la COP15.

norrebro5 Au coin de ma rue il y a un jardin public, le seul espace vert public du quartier. Un drapeau cubain flotte au milieu, sans doute offert par l'un des groupes communistes qui dont on voit les vitrines par ici. Cet îlot est entouré par des barrières ou des containers qui servent de cabanes de chantiers aux ouvriers. Un groupe de vieilles maisons a été détruites, et des gens du quartier en ont profité pour planter de la pelouse, mettre un banc et des jeux pour les enfants. La dernière maison du groupe est en train d'être démonté et emballé mur par mur, un énorme camion vient les chercher pour sans doute la reconstruire plus loin.

destruction.jpg Les immeubles neufs prennent la place sur les maisons décrépies. Après Vesterbro (quartier de prostitution, des drogues durs et de la gare centrale), Norrebro est la nouvelle cible des riches. Les magasins à la mode arrivent : restaurant à sushi dont le plats de base est deux fois plus cher que le restaurant voisin, coiffeurs-visagiste appliquant les mêmes prix, boulangerie "à la française"... Les vélos (ont est à Copenhague quand même) sont rafistolés au pied d'un immeuble et rutilant au suivant.

IMG_9082.JPGCette gentrification, ou embourgeoisement en français, à lieu quand une classe aisé redécouvre un quartier proche du centre-ville et expulse les plus faibles économiquement qui doivent s'éloigner et chercher des loyers moins cher dans des zones moins accessible et moins équipés en service public.
Plus au sud de Norrebro, en limite avec Frederiksberg (le quartier riche à l'ouest de la ville, avec le lycée français où je suis intervenu), le quartier a connu des émeutes dans les années 1980 pour les mêmes raisons. Des barricades de 3 mètres de haut ont été élevées et des combats avec les forces de police ont eu lieu pour conserver un espace vert. L'un des immeubles limitrophe est maintenant squatté et sert de centre social autogéré pour le quartier. C'est aussi le centre de convergence pour les manifestations contre la COP15.

IMG_9198.JPG Les quartiers populaires sont des lieux de luttes et d'engagements sociaux. Les lieux alternatifs qui servent de point focal à cette activité ne peuvent exister dans les quartiers bourgeois. Du 11 au 18 décembre, le collectif Climate Justice Action appel à une dizaine d'actions ou de manifestations. Sans l'appui logistique du Climate collective rien n'aurait pu se faire. Ces militants fonctionnent sans hiérarchie formelle, sans organisation définie. Ils se réunissent par affinité et arrivent à coordonner des centaines de volontaires et héberger des milliers de militants.

Les lieux alternatifs comme Folkets Hus ou Solidaritetshuset permettent de se réunir, se rencontrer, échanger. Ils focalisent et facilitent le débat politique, fournissent des bases logistiques (stock de matériel d'affichage, lieu de réunion, café associatif, cuisine populaire). Sans ses lieux indépendants, c'est tout un pan de la critique du processus de la COP15 qui n'aurait pas pu trouver de lieu d'expression.

La lutte contre la gentrification est souvent vécu comme une lutte des classes et je la trouve particulièrement intéressante du point de vue du géographe. Pour d'autres exemples, plongez vous dans les archives de Radio Sterni, une radio libre et en français qui m'a fait découvrir le phénomène depuis Berlin.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe et l'Asie sur le theme du changement climatique

27/11/09

Pourquoi le changement climatique n'est pas une question environnementale.

Ce texte s'inspire librement et traduit certaines parties d'un pamphlet plus long et approfondi, réalisé par des individu-e-s proches du réseau Climate Justice Action. CJA organise une mobilisation radicale et des actions directes de masse lors du COP 15, sommet de l'ONU sur le changement climatique à Copenhague en Décembre 2009. Le pamphlet en anglais dans sa totalité est disponible sur : http://notenvironmental.blogspot.com/

Le COP 15 réunira prochainement « dirigeants » mondiaux, multinationales et grosses ONG pour dessiner l'après-Kyoto et tenter d'empêcher une crise climatique catastrophique. L'objectif de ce texte n'est pas de monter à bord du train fonçant des élites en dépeignant une apocalypse imminente, encourageant les politiques basées sur la peur. Il est, en reliant les différents points que sont les différentes luttes, de faire apparaître l'image dans sa globalité. De montrer les enjeux réels des négociations sur le changement climatique, et de dénoncer ce dernier, non comme une question purement « environnementale », mais comme le symptôme qu'il est de la faillite d'un système qui nous détruit et ravage notre planète. Les « solutions » de ce système, dont on sait déjà qu'elles seront les seules abordées à Copenhague, sont basées sur le marché, afin de satisfaire les puissants lobbies des multinationales. Marché du carbone, agrocarburants, énergie nucléaire, mécanismes de « compensation »... Ces fausses solutions n'envisagent pas un instant de réduire les émissions de gaz à effet de serre directement à la source, dans nos pays industrialisés, et sont par conséquent très loin de permettre les réductions d'émissions réellement nécessaires. Elles se révèlent par ailleurs parfois extrêmement dangereuses dans leurs applications, en accroissant dramatiquement les inégalités Nord/Sud, les problèmes environnementaux et l'injustice sociale au sein des pays en voie de développement. Ces pays, ces paysan-ne-s, ont pourtant des solutions. La justice climatique, ces alternatives et solutions réelles qui viennent de la base, sont les enjeux de la lutte globale à laquelle appellent des réseaux comme CJA et CJN (« Climate Justice Network », Réseau pour la Justice Climatique, qui regroupe de nombreux groupes des pays du Sud).

Le capitalisme, ou à qui profite le crime climatique ?

La prise de conscience environnementale généralisée actuelle est utile à ceux qui développent activement la notion de « capitalisme vert ». Il permet de recréer l'adhésion citoyenne à des structures dépassées et décrédibilisées par la crise systémique qui les secoue. Les multinationales repeignent leurs enseignes en vert, leurs campagnes publicitaires rivalisent de « greenwashing »*, et elles poursuivent les mêmes pratiques destructrices.

Avec l'effondrement des marchés financiers, la foi dans le futur du capitalisme a été sérieusement ébranlée. Malgré cela, le même principe qui a conduit à la crise, celui de marché immatériel de produits dérivés**, est à l'origine de la création du marché du carbone, qui invente un prix au CO₂ contenu dans l'air. C'est cela, la proposition principale de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (ou en anglais, United Nations Framework Convention on Climate Change, UNFCCC) : un marché du carbone mondialisé, au sein duquel les entreprises vendent et achètent des crédits symbolisant leur droit à polluer. Ce type de marché immatériel, dont le prix du « bien » est inventé, conduit immanquablement à une spéculation et des pratiques frauduleuses gigantesques, puis à une bulle géante, et à son éclatement. Or cette fois, ce ne sont pas les profits des banques et des multinationales ou nos emplois qui sont en jeu, mais un changement climatique irréversible de grande ampleur qui pourrait laisser nos enfants hériter d'un terrain vague.

Le nouveau « CO₂LONIALISME »

Les multinationales qui en ont les moyens peuvent obtenir des crédits-carbone ; et des mécanismes à la complexité bien pratique peuvent leur en faire obtenir encore davantage, comme le « mécanisme de développement propre », MDP (en anglais Clean Development Mechanism ou CDM). Au sein de ces « mécanismes flexibles », les entreprises reçoivent des crédits en investissant dans les pays du Sud ou en Europe de l'Est, dans des projets qui émettent moins de dioxyde de carbone qu'un autre projet potentiel qui aurait pu être construit à la place. Ce système est infesté de fraudes, parce que l' « autre projet potentiel » est décrit par l'entreprise elle-même, qui décide ensuite de la quantité de CO₂ « évitée ». Ces mécanismes flexibles ne réduisent pas les niveaux d'émissions actuels. Ils sont devenus un prétexte pour augmenter l'expansion industrielle au Sud, en investissant dans des projets de l'industrie chimique ou dans des centrales à charbon.

De plus, selon de nombreuses études, ces projets (qui comptent aussi des monocultures pour la production d'agrocarburants, des constructions de méga-barrages, de fermes éoliennes gigantesques, etc) provoquent de graves problèmes environnementaux, sociaux et économiques là où ils sont implantés. Ces mécanismes légitimisent et accélèrent l'expropriation des terres et l'appropriation des ressources naturelles dans ces pays. L'accord REDD (« Reducing Emissions from Deforestation in Developing countries », réduire les émissions liées à la déforestation dans les pays en voie de développement), actuellement en cours de négociations, intensifie ce processus. Les terres forestières sont privatisées et délivrées aux multinationales, abolissant le pouvoir de décision des populations indigènes ou des communautés locales, ou les bannissant simplement de leurs terres, afin que l'entreprise puisse « préserver » la forêt et profiter des crédits-carbone gagnés. Ironie du sort, « sauver l'environnement » est en passe de devenir la dernière excuse à la mode des autorités oppressives, alliées du nouveau colonialisme vert.

Changer le système, pas le climat !

Au lieu de reconnaître le changement climatique comme l'avertissement ultime nous indiquant que nos systèmes actuels d'organisation, d'utilisation de l'énergie, de production et de consommation ne fonctionnent simplement pas à long terme, les gouvernements et les multinationales prennent en otage l'environnement pour nous embarquer dans une nouvelle vague d'accumulation réservée à une élite. Devant un danger de l'ampleur du changement climatique, la création de nouveaux marchés est la seule solution qu'ont produit près de deux décennies de négociations, sous la coupe des lobbies industriels. Le système capitaliste a peut-être fonctionné suffisamment pour fournir un certain niveau de confort matériel à une minorité d'habitant-e-s de la planète, mais il repose malheureusement sur la croyance fantaisiste que les ressources naturelles, y compris atmosphériques, sont inépuisables. Cette croyance s'effondre. Et comme pour tout ce qui perdure après la disparition des conditions matérielles qui l'ont vu évoluer, le règne de ce système tire à sa fin. Ce qui peut et doit le remplacer, ce sont des alternatives qui existent déjà, communes à maintes expériences locales ; et toutes celles qui restent à créer, pour des modes de vie différents, adaptés au temps présent et à la réalité de la planète.

La production alimentaire et le changement climatique

Agriculture industrielle, fermes-usines et effondrement des écosystèmes

Nous savons que nos méthodes modernes de production alimentaire – agriculture industrielle et production intensive de viande – sont largement dépendantes des carburants fossiles et génèrent des quantités énormes de gaz à effet de serre (GES). Nous savons aussi que notre capacité à produire de la nourriture sera sévèrement réduite par les conséquences du changement climatique. A travers le monde, de petit-e-s fermier-ère-s et des réseaux comme Via Campesina luttent pour la souveraineté alimentaire et la production agricole soutenable à petite échelle. En Amérique du Sud, de nombreux-ses paysan-ne-s n'ont pas accès à la terre en raison de l'accaparement de celle-ci par des multinationales comme Monsanto, qui l'utilisent pour des monocultures de céréales et de soja destinées à nourrir le bétail. Ces compagnies agro-industrielles et agro-chimiques sont invitées aux négociations intergouvernementales et poussent pour une intensification de l'agriculture industrielle, présentée comme leur « solution ».

Ce type d'agriculture injecte dans les sols de vastes quantités d'engrais et de pesticides pétrochimiques toxiques, transporte la nourriture à travers les continents sur des distances absurdes en la réfrigérant.

L'agriculture fermière traditionnelle repose sur la plantation de cultures variées, attirant un large éventail d'insectes dont certains sont les prédateurs naturels de ceux qui endommagent les récoltes. Les monocultures nécessitent au contraire une utilisation accrue de pesticides ; ceux-ci s'écoulent dans les nappes phréatiques et représentent une source majeure de pollution dans toutes les zones agricoles du monde. Ils appauvrissent les sols et provoquent une érosion en tuant des millions de micro-organismes qui maintiennent la fertilité et la structure de la terre. Cet appauvrissement et cette érosion nécessitent par la suite des engrais pétrochimiques en augmentation constante pour maintenir le niveau de production. En dépit de la quantité de bétail produit, les exploitant-e-s de fermes industrielles utilisent des engrais artificiels au lieu du fumier animal. Cela entraîne des émissions d'oxyde d'azote, un gaz à effet de serre environ 275 fois plus puissant que le CO₂.

L'agriculture et la déforestation

L'agriculture industrielle et l'élevage animal intensif requièrent une déforestation importante, qui provoque des émissions de CO₂ massives alors que le carbone absorbé par les arbres est libéré en brûlant. L'assèchement des marais aux mêmes fins relâche de vastes quantités de méthane, un gaz à effet de serre qui a environ 62 fois l'effet du dioxyde de carbone. Alors que les sols sont appauvris, la pression augmente sur les forêts. La déforestation entraîne une diminution de l'eau qui s'évapore dans une zone, réduisant les précipitations. Des récoltes plus maigres en résultent, ce qui pousse les producteur-trice-s de soja et de bétail à utiliser ce qui reste de forêt tropicale humide plus rapidement, perpétuant le cercle vicieux.

Expropriations

Le système industriel, depuis quelques siècles et à travers le monde, a « enclos » les espaces fermiers, forçant les paysan-ne-s pratiquant l'agriculture de subsistance et les petit-e-s fermier-ère-s hors de leurs terres afin qu'elles soient utilisées par les multinationales pour faire pousser des denrées rentables pour l'export comme le cacao, la canne à sucre ou le soja. Des millions de personnes perdent leur terre, leur indépendance et leur capacité à faire pousser leur propre nourriture : elles ne peuvent plus accéder à la nourriture que par le biais du marché. Augmenter le rendement agricole, utiliser la pétrochimie et les nouvelles technologies génétiques a un effet minime sur les taux de la faim dans le monde car cela ne prend pas en compte les questions de l'accès à la terre et du pouvoir d'achat, et cela masque les vraies solutions comme la redistribution des terres et l'accès abordable à l'agriculture.

Production de viande : 51% des émissions globales

Le pourcentage utilisé jusqu'à aujourd'hui, basé sur un rapport des Nations Unies de 2006, indiquait que la production de viande générait 18% des émissions globales de gaz à effet de serre, ce qui représente déjà davantage que tous les transports réunis. Récemment, dans un document publié par le Worldwatch Institute, un « think-tank » américain, deux conseillers environnementaux de la Banque mondiale déclarent que le pourcentage est en fait de 51%. Le rapport précédent mésestimait la contribution aux émissions dans trois domaines : la production de méthane durant la digestion, l'utilisation des terres et la respiration des bêtes.

En plus de toutes les horreurs bien documentées sur le monde de l'industrie de la viande, sa production intensive, ainsi que celle de produits laitiers, est donc responsable à elle seule de davantage d'émissions de GES que n'importe quelle autre activité.

Dans de nombreux pays du monde, la consommation de viande est considérée comme un luxe. L'augmentation de la prospérité dans les pays du Sud mène à l'adoption de modes de consommation de viande calqués sur ceux des pays occidentaux, accroissant la pression sur la terre pour produire la nourriture du bétail, ce qui signifie que de moins en moins de terre est disponible pour la production de nourriture humaine elle-même. Le ratio est approximativement le suivant : pour produire un kilo de boeuf, on utilise huit kilos de céréales. En théorie, on peut donc nourrir huit fois plus de personnes avec une alimentation de base végétarienne. De même pour l'eau : la production de viande en utilise en quantités bien supérieures à la production de cultures végétales.

L'agriculture industrielle : une nouvelle source de crédits-carbone

Depuis peu, l'intensification de l'agriculture industrielle est présentée dans les négociations intergouvernementales comme une « solution » au changement climatique, problème qu'elle contribue à faire empirer. Des propositions sont faites pour inclure l'agriculture dans les sources de crédits-carbone, à travers des mécanismes de compensation comme le mécanisme de développement propre (MDP). Par exemple, les agrocarburants et les cultures d'OGM sont utilisés en les faisant passer pour des « solutions » au changement climatique.

Les dangers des agrocarburants

Les agrocarburants sont promus comme une alternative « écologique » aux carburants fossiles. Ils sont fabriqués à partir de plantes qui produisent du sucre ou de l'huile, comme la canne à sucre, le colza, l'huile de palme, le soja, ou le jatropha, et peuvent servir pour les voitures, les avions, et pour générer de l'électricité dans les centrales.

De vastes étendues de terres sont nécessaires afin de produire suffisamment d'agrocarburants pour remplacer une petite quantité de carburants fossiles. Ils sont devenus la raison principale de la déforestation des forêts tropicales humides. Ils génèrent davantage d'émissions de GES que les carburants fossiles car ils détruisent des écosystèmes entiers. Or, c'est la biodiversité qui garantit un climat stable. Les agrocarburants sont produits par l'agriculture industrielle à grande échelle ; celle-ci est l'une des plus importantes causes du changement climatique. L'étendre pour créer du carburant est une idée dangereuse.

Un porte-parole de l'ONU a déclaré que 60 millions de personnes pourraient devenir des « réfugié-e-s des agrocarburants » - forcé-e-s à quitter leurs terres pour faire place à des régions entièrement couvertes de monocultures d'agrocarburants. En Argentine, 200 000 familles ont d'ors et déjà été forcées à quitter leurs terres pour la culture du soja – bien davantage le seront avec le nouveau boom du soja cultivé pour la production de carburant.

« Nous devons remplir nos réservoirs, alors vous allez devoir mourir de faim. »

Cette équation basique n'est pas loin de la réalité. L'expansion rapide des agrocarburants était l'une des causes principales de la crise alimentaire de 2007-2008, lorsque les prix de différents produits alimentaires ont augmenté de plus de 100%, générant des émeutes à travers le monde alors que les populations ne pouvaient plus acheter de riz ou de maïs. Utiliser des récoltes de produits alimentaires pour faire du carburant pour les voitures et utiliser les terres à ces fins, provoque une augmentation des prix de la nourriture et des terres, ce qui signifie que de plus en plus de personnes n'ont plus les moyens de se nourrir.

Les OGM entrent dans la danse

Les organismes génétiquement modifiés sont déjà présentés par les multinationales comme la solution à l'insécurité alimentaire qui va résulter des effets du changement climatique. On nous dit que les récoltes OGM vont améliorer la productivité et que la technologie va créer des plantes résistantes à la sécheresse et autres problèmes agricoles liés au changement climatique.

Ce qu'on ne dit pas, c'est que la contamination des OGM dans le système alimentaire provoque une perte de la biodiversité et affaiblit les écosystèmes agricoles en les rendant vulnérables aux épidémies, en créant une résistance aux pesticides chez les insectes ; et que la perte de la variété des cultures réduit le potentiel d'un écosystème à s'adapter au changement climatique. L'expansion des cultures OGM justifie davantage de déforestation, contribuant au problème. La plupart des OGM produits aujourd'hui servent à nourrir l'industrie hautement émettrice de la production animale (empoisonnant d'ailleurs à couvert la chaîne alimentaire). Et, ce qui est bien pratique pour les entreprises de produits chimiques (comme Monsanto, qui possède déjà 95% de toutes les cultures OGM au monde, en même temps qu'ils produisent les pesticides et engrais nécessaires à ces cultures), les OGM nécessitent une utilisation d'engrais et de pesticides chimiques accrue, créant de graves problèmes de santé parmi les populations locales.

Les cultures OGM conviennent bien au désir des multinationales de breveter les semences pour qu'elles soient commercialisables de façon exclusive et hautement rentables. Dans les communautés rurales en premier lieu, qui sont les plus répandues au monde et les plus directement affectées par le changement climatique, la modification génétique de l'agriculture va les empêcher d'accéder aux semences (les semences OGM étant quatre fois plus chères que les semences traditionnelles et celles-ci étant rendues de plus en plus difficiles d'accès dans de nombreuses zones). Ce qui va entraîner davantage de pauvreté, de faim, et la destruction de ces communautés, créant davantage de réfugié-e-s environnementaux-ales.

Ultimement, les cultures OGM sont une étape de plus en direction du modèle d'une agriculture exclusivement industrielle, en monocultures intensives pour l'export mondialisé, basées sur l'utilisation intensive d'énergie et de carburants, et affaiblissent considérablement notre capacité à faire face à un effondrement majeur – en pratique, politiquement et physiquement.

Une autre agriculture est possible... et nécessaire !

Cette situation n'est pas inéluctable. Le réseau international des organisations paysannes, Via Campesina, démontre et souligne que l'agriculture soutenable à petite échelle réduit de fait les émissions de carbone et le changement climatique, et minimise l'impact environnemental de l'agriculture sur les plantes et les animaux, de même que sur l'air, l'eau et la terre. Les pratiques d'agriculture biologique et diversifiée augmentent les populations d'oiseaux et de mammifères sur les terres agricoles et assurent la diversité biologique nécessaire aux écosystèmes et à la stabilité des phénomènes climatiques. En terme de préservation et d'augmentation de la productivité des sols et de la biodiversité, l'agriculture soutenable à petite échelle est bien plus efficace que les pratiques industrielles. Elles garantissent de plus la souveraineté alimentaire au niveau local.

La possession centralisée du système de production alimentaire par quelques grosses multinationales détruit les communautés agricoles partout dans le monde, menant à la pauvreté de masse et à la faim. Les responsables de ces multinationales sont assis-es à la table des négociations, et utilisent le changement climatique comme un prétexte pour augmenter leur mainmise et étendre ce système insoutenable et hautement polluant. Le problème ne peut pas être résolu en régulant l'utilisation de tel ou tel composant chimique, ou en bannissant les produits finis qui comportent des OGM dans certains pays. Le problème est systémique, et il requiert une solution qui démonte et remplace le système dans son intégralité.

Le dernier mot (pour l'instant)

Le désastre social qu'est le changement climatique apparaît clairement. On ne peut plus le considérer comme un problème « environnemental » uniquement, ou un sujet dont les scientifiques doivent débattre entre eux-elles. La vraie question maintenant est de savoir jusqu'à quel point le capitalisme va tourner le changement climatique à son avantage, ou bien si ce problème est celui qui va générer la rupture complète du système dont le monde a tant besoin.

Nous avons vu l'Empereur sans ses habits – bien des fois déjà – mais par peur du changement climatique nous sommes prêt-e-s à lui laisser encore une fois le bénéfice du doute. Car si ce n'est pas lui qui s'en occupe, qui peut nous sauver ? Quand les gouvernements assis à la table des négociations sont si loin des peuples qu'ils sont censés représenter, quand les multinationales ont obtenu leur puissance et leur place à cette même table par les pratiques qui sont responsables du changement climatique, vont-ils faire amende honorable et changer de voie, au bénéfice de l'humanité et des écosystèmes desquels nous dépendons ? Ou bien vont-ils continuer à étendre le système de la propriété privée, de l'exploitation et de la technocratie, avec l'aide des frontières et des guerres nécessaires à leur maintien ? Certes, nous devons continuer à poser des questions et à exposer l'empereur dans sa nudité, mais le temps est venu de le pousser loin du trône pour de bon et de brûler cet objet répugnant – et ça fait combien, déjà, en crédits-carbone ?

La volonté d'en finir avec le règne du capitalisme qui a créé ce désastre nous mettra en conflit avec les intérêts des puissants, et leurs valets. La création et la défense des vraies solutions venant de la base ne se feront pas sans lutter. Comme le changement climatique, notre lutte ne doit pas connaître de frontières.

  • Jeu de mots anglais difficile à traduire, relatif au fait de rendre les choses opaques en y appliquant une couche de vernis vert « écolo ».
    • Produit financier dont la valeur dépend de celle d'une marchandise ou d'un autre actif financier.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe et l'Asie sur le theme du changement climatique

14/11/09

Des nouvelles fraîches de Norvège

Bonjour à tous,

Voici une très longue lettre : je ne vous ai pas écrits depuis des mois et pourtant il c’est passé bien des choses. Par où commencer ?

Avant de démarrer, je cherche des contacts pour une rencontre ou de l’hébergement :

  • dans le nord de la Norvège : iles Lofoten (plutôt au sud), Bodö et Narvik à partir de mardi 17/11,
  • à Stockholm, pour le WE du 21 et 22/11 et sans doute quelques jours de plus,
  • et surtout à Copenhague, à partir de la semaine du 23/11 et pour un mois, si possible dans le centre-ville, pour le sommet de l’ONU sur le climat.

Cette annonce faite, reprenons.

Par la fenêtre en face de moi je vois la mer au bout d’un pré, entouré par des montagnes de 1 000m et tombant à pic dans ce fjord de Romsdalsfjorden. Je suis en Norvège, dans le village de Torvik, hébergé pour le moment par un couple franco-norvégien qui a repris la ferme familiale pour faire de l’élevage ovin – en bio. L’hiver est attendu comme un visiteur et doit arriver aujourd’hui ou demain : lorsque la terre sera gelé, il ne sera plus possible de la travailler jusqu’à l’année prochaine. Les journées sont courtes et la ligne de crêtes joue des épaules pour nous cacher ce soleil qui peine de plus en plus à monter au-dessus de la ligne d’horizon.

R

Ma dernière lettre est ancienne et je ne sais pas si je vous avais parlé de ce projet scandinave. Il faut dire que les évènements se sont succédés rapidement et que l’automne a fuit plus qu’il n’ai passé. Après ma participation au camp action climat cet été, j’ai choisi de continuer avec ce milieu militant et de tourner définitivement cette mauvaise page d’AVAAZ.

Septembre, Paris. Brève rencontre avec l’équipe nationale de l’association attac autour de Geneviève AZAM, une universitaire qui est l’actuelle experte du réseau français Urgence Climatique, Justice Sociale, voir l'appel ici. Entretien avec Yvan (auteur de l’enquête Orange stressé) et d’Agnès, du site d’information http://www.bastamag.net/. Un de mes articles va être dans leur dossier spécial climat.

Septembre, Hamburg. Création du groupe de travail pour la manifestation ‘Reclaim Power !’ du réseau international Climate Justice Action, voir l'appel ici. Lors du quinzième sommet sur le climat à Copenhague de la Convention Cadre des Nations-Unies pour les changements climatiques (COP15), nous voulons imposer le 16 décembre un agenda alternatif pour une justice climatique.

Octobre, Minerve. Participation au camp Reclaim the Fields (300 personnes, 20 nationalités) organisé par un réseau européen de jeunes paysans proche de La via campesina, et action contre la SAFER de Languedoc-Roussillon pour réclamer une meilleure distribution des terres pour les jeunes et/ou petits paysans. Pour la première fois, je vais peut-être vendre des photos. Le magazine Campagnes Solidaires de la confédération paysanne m'en a demandé quelques une ! Voir les reportages

Octobre, Montpellier. Atelier Act Now ! des Jeunes Amis de la Terre Europe (40 personnes, 9 pays) pour préparer le sommet de l’ONU sur le climat à Copenhague et échanger sur le thème de la justice climatique : arrêt des fausses solutions comme le marché carbone, la séquestration de CO2 ou les agrocarburants, et mise en place de fonds d’adaptation pour les pays du Sud avec des réduction d’émissions domestique par les pays du Nord. Voir les reportages

Le suicide de mon cousin, céréalier vers Dijon, a été un moment difficile à passer pour notre famille. Tous mes reportages ont été mis en attente.

Je suis ensuite partie en Scandinavie avec deux objectifs :

  • Rejoindre le cap Nord ou au moins passer le cercle polaire. Ce n’est pas la meilleure saison pour le tourisme, mais justement. Et j’ai envie de voir comment est l’hiver arctique.
  • Participer à la COP15 de l’intérieur et de l’extérieur avec les réseaux que je connais depuis le début de l’année.

Voici déjà un résumé de ce début d’automne. Je vous ferais la suite ce soir ou demain (photos de scandinavie, reportage en Suède, Danemark et Norvège), je dois maintenant partir en ville de l’autre côté du fjord voir des pulls tricotés à la main avec la laine locale pendant que le bébé de 6 mois de mes hôtes fera sa visite de contrôle chez le médecin. Nous finirons de planter des piquets pour la clôture des moutons ensuite.

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R

Je suis de retour d’Aandalsnes, la ville voisine et terminus du chemin de fer. Elle est située quasiment en face de là où j’habite mais il faut contourner le Fjord en voiture pour y arriver, soit près de 20km de route verglacé, même le bout du Fjord, un bout de mer peu profond, commence à geler. Pendant que mon hôte faisait ses courses, j’ai visité le magasin de l’usine de laine locale. Je suis reparti avec un bon gros pull de laine feutré qui réchauffera sans doute autant ma mère que moi quand je partirai au-delà du cercle polaire dans quelques jours…

Je reprends donc mon récit pour vous expliquer comment je suis arrivé ici. J’étais en mai en Bulgarie, prêt à retourner à Istanbul et continuer mon voyage en Asie. L’un des buts de mon voyage Avenir climat est de comparer la façon dont asiatiques et européens luttent contre le changement climatique. J’ai fais demi-tour car je ne me sentais pas prêt et que la situation au Pakistan semblait peu sûr, peu avant que les manifestations éclatent (et soit cruellement réprimées) à Téhéran.

J’ai choisis il y a six mois de rejoindre un groupe de jeunes militants pour mener une campagne avant la COP15, afin de participer à cet effort mondial pour obtenir un accord historique contre la crise climatique (l’espoir fait vivre n’est-ce pas ?). Je suis resté dans ce mouvement depuis, pour exprimer ma responsabilité dans la lutte tout en continuant d’effectuer des reportages à l’intérieur de ce nouveau mouvement pour faire connaitre sa diversité.

Pour ceux qui ont bien suivis, le départ d’octobre fut le quatrième du projet Avenir climat :

  • Départ 1, février 2008, pour un tour d’Europe et d’Asie. Passage en Europe méditerranéenne et au Moyen-Orient, puis retour en France en août à cause des difficultés pour obtenir des visas pour Purvi, ma collègue indienne.
  • Départ 2, décembre 2008, en Pologne pour la COP14 et un reportage dans l’ancienne forêt de Bialowieza.
  • Départ 3, mars 2009, pour rejoindre l’Asie en suivant le Danube. Demi-tour en Bulgarie comme expliqué précédemment et retour en France en août pour participer au premier camp action climat.
  • Départ 4, octobre 2009, pour la Scandinavie en hiver, afin de participer à la COP15 et de visiter cette Europe du nord qui n’était pas prévus au départ.
  • Départ 5, prévus en janvier 2010, pour l’Asie. On y croit, on y croit ! Je ne sais pas si la frontière irano-pakistanaise sera sûr pour passer en bus, je ferai peut-être le survol en avion Paris-Bombay. Une sérieuse entorse à l’un des principes de mon voyage, donc je réfléchis encore. La compensation carbone n’étant pas une vraie solution, je vais voir si je peux compenser en adoptant un régime végétarien… Voir les cartes du voyages ici

Cette longue introduction faite, laissez-moi enfin vous raconter ce que j’ai fais depuis ce quatrième départ !

Je suis parti en TGV pour Paris puis j’ai pris un bus pour rejoindre une amie à Brême en Allemagne. C’est, je crois, la dernière fois que je verrai le soleil avant 2 semaines. J’ai ensuite pris le train pour Malmö en changeant à Copenhague. Mon train à pris un ferry au Danemark, c’est impressionnant et encore un mode de transport différent pour moi ! A voir ici http://avenirclimat.info/index.php?post/Photo-du-jour-:-en-train-pour-Malmö

R

23 au 25 octobre, Malmö, Suède. Réunion de préparation du sommet de l’ONU sur le climat par le forum européen de la jeunesse (80 personnes, 30 nationalités). J’ai rencontré des personnes intéressantes (Voir la vidéo avec des représentantes des Sami et du Nigéria, tout en anglais, ici) mais la majeure partie ne sont que des habitués des conférences internationales et n’ont aucune idée des enjeux. Reportage également à l’occasion de la journée d’action « 350 » pour réclamer une concentration de 350ppm de CO2 dans l’atmosphère à la fin du siècle. A voir ici

Fin octobre, Copenhague, Danemark. Prise de contact avec les militants locaux de Klima collective, qui assurent entre autres l’organisation logistique du réseau international Climate Justice Action, et du Klima Forum. Visite (en vélo ou sous la pluie froide) de différents lieux qui serviront de centres de convergence, de contre-forum et du centre de conférence de la COP15, le bien nommé Bella Center. (Voir des photos de la ville par ici)

R

Je choisis de prendre le ferry pour rejoindre Oslo depuis Copenhague, c’est plus cher et polluant que le bus, mais j’ai envie de voir l’arrivée dans le fjord d’Oslo. J’ai bien fais car je me réveille le 29 novembre au milieu de ce fjord, le bateau immense longeant des forêts aux chaudes couleurs automnale et sous un magnifique soleil dans un ciel bleu parfait. Avant de rejoindre mon hôte, je parcours la vielle ville et le port de plaisance pour prendre les seuls photos ensoleillé de mon séjour dans la capitale norvégienne. Voir les photos ici

Novembre, Oslo, Norvège. Interview à Aas d’Anne Chapuis, une étudiante en glaciologie, sur la fonte des glaces dans l’arctique (Vidéo ici). Reportages autour de Fagernes sur les paysans et le changement climatique avec le groupe européen de Project Survival Media, publication à venir. J’ai notamment rencontré Ole-Jacob Christensen, un éleveur bio mettant en pratique ses principes de décroissance et syndicaliste paysan, spécialiste du climat. Il représente son organisation Smabrukarlaget, l’équivalent de la confédération paysanne, à l’organisation internationale Via Campesina. C’est aussi un francophone

Je vous laisse, David et moi allons planter des piquets de clôture si le sol n’est pas encore gelé. Avec le vent qu’il fait et une température proche de zéro, il faut s’habiller comme au pôle Nord ! A la prochaine !

Une dernière chose à noter dans vos agendas, plus d'information à venir :

  • Vendredi 8 janvier 2010, en soirée : inauguration d'une exposition de mes photographies à l'hôtel de ville d'Autun, pour présenter mon voyage 2008 + conférence avec la communauté de communes sur le résultat des négociations de l'ONU à Copenhague.
  • Samedi 9 janvier 2010, en soirée à la salle des fêtes d'Auxy : repas de soutien pour mon voyage Avenir climat, avec diaporama entre les plats et concert de Boucherie trad en final.

Bonne journée à vous !

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe et l'Asie sur le theme du changement climatique

27/09/09

Pour une révolution climatique

Fin juin, j'ai envoyé un texte à la CAPEN, la confédération des associations de protection de l'environnement et de la nature en Saône-et-Loire, affilié à France Nature Environnement. Il a été utilisé comme édito pour son numéro de cet été.

Le climat change et il est urgent d’agir. La phrase est devenue banale, et pourtant rien ne change, ou si peu. Les mises en garde continuent, le problèmes ne sont toujours pas réglés, et le temps va nous manquer.

Le GIEC, ce groupement scientifiques étudiant le climat et prix Nobel de la Paix en 2007, tire une fois de plus la sonnette d’alarme. Il nous reste moins de 10 ans pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre si nous voulons éviter de dépasser les fatidiques +2° de hausse des températures moyennes globales sur la Terre en 2100 par rapport à 1990, l’année de référence. Le GIEC va plus loin et estime que les réductions doivent être de –25 à -40% en 2020 et de -80 à -95% en 2050. Au-delà de +2°C, un point de non retour est atteint et les modèles scientifiques sont impuissants.

edito capen été2009 Les états ont la responsabilité d’agir. Au sein de l’ONU, ils ont adopté la Convention-cadre des Nations-Unies sur le changement climatique à RIO en 1992, puis élaboré le protocole de KYOTO, ratifié en 1998 et entré en vigueur en 2005. Ce protocole liste une série de pays industrialisés qui doivent diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre, avec des engagement chiffrés et avant 2012. L’Europe, dont la France, devraient remplir ses engagements tout comme les autres pays. La crise financière aidant, les seuils sont si faibles ( -8% pour l’UE), qu’il n’y a pas de gloire à tirer de ces résultats, d’autant qu’une partie des réductions se sont faites par des mesures comptables avec l’aide du marché carbone.

Il faut résoudre la crise climatique pour garantir la survie de nos enfants. Selon le Forum humanitaire mondial présidé par l’ex-secrétaire général Kofi ANNAN, le réchauffement climatique serait responsable de 300 000 morts par an. Pour l’ONU, 1cm de hausse du niveau de la mer équivaut à 1 millions de réfugiés climatiques. Le rapport STERN estime le coût du changement climatique à 5500 milliards d’euros.. si rien n’est fait.

Cette année en décembre à COPENHAGUE ( Danemark), les états doivent se retrouver pour finaliser l’un des textes le plus important pour l’histoire de l’humanité, faisant suite au protocole de Kyoto. Pourtant, Yvo de BOER, directeur de la convention-cadre reste sans voix quand le Japon annonce un objectif de -8% et estime « physiquement impossible » un accord en 2009 car les Etats-Unis ou le Canada traînent les pieds pour annoncer un seuil de réduction et que l’UE ne fait plus office de leader depuis que son Conseil des ministres des finances de juin a refusé de s’engager pour une aide financière qui permettrait aux pays du Sud de survivre aux impacts du changement climatique.

Que faire alors ?

Je suis parti en voyage en février 2008 pour rencontrer les témoins du climats avec le projet Avenir Climat. En Slovénie, j’ai rencontré Mme BOGATAJ, co-présidente du GIEC, spécialisée en agriculture. Elle se dit désabusée des politiques et pessimiste pour le futur. Elle espère en un « nouveau siècle des lumières » qui révolutionne notre système de pensée. Lors des négociations de l’ONU en Allemagne et en Pologne, j’ai rencontré des négociateurs français qui réclament une pression constante des associations et en espèrent un engagement plus substantiel des politiques.

En Allemagne, j’ai participé à un « camp climat ». Réunissant des activistes, syndicats, partis et associations, ces coordinations allient actions directes et débats. Inexistants il y a 3 ans, il devrait y en avoir une quinzaine cet été en Europe dont un vers Nantes du 3 au 9 août. En résumé, les débats et actions en Allemagne visaient à abattre le système capitaliste dont l’idéologie de production et consommation illimitées a conduit à rejeter dans l’atmosphère des tonnes de carbone, et dont la violence lui a permis de se protéger contre la contestation et de refuser le partage des richesses.

Les écologistes, au plan politique et associatif, préparent et proposent des alternatives depuis des décennies. Il faut maintenant dépasser les messages et actions individuels, dont nous ne pouvons plus nous permettre le luxe. Les actions doivent être massives, rapides, tant que nous avons encore la possibilité de faire des choix. Il faut être sans aucune complaisance avec ceux qui ont le pouvoir d’agir et ne le font pas : il ne s’agit plus de confort mais de survie ; La révolution écologique doit avoir lieu maintenant, tant que nous pouvons faire des choix démocratiques, dans une paix relative.

Benoit KUBIAK – voyageur du climat – membre du bureau d’AUTUN MORVAN ECOLOGIE
Vous pouvez soutenir ce combat en suivant le voyage de Benoît sur http://avenirclimat.info et en vous abonnant à sa lettre benkamorvan@gmail.com ou encore en faisant un don à l’association Avenir Climat c/o M.KUBIAK Le Bourg 71400 AUXY

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe et l'Asie sur le theme du changement climatique

18/08/09

Article dans No PASARAN n°75, été 2009

J'ai un article de 2 pages qui a été publié dans le magazine NO PASARAN, dans le dossier "Dérèglement climatique". Pour vous abonner au journal de NO PASARAN, c'est par ici. Pour lire le texte que j'avais envoyé, lire ici.

no pasaran 75 couverture avenir climat

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Billet original sur Un voyage A travers l’Europe et l'Asie sur le theme du changement climatique

27/07/09

Départ pour le camp climat

J'ai enfin quitté le groupe d'AVAAZ et je pars ce matin pour le camp climat à Notre Dame des Landes (44). Je suis partis Vendredi midi de Berlin, j'ai fait une pause à Strasbourg et une autre à Auxy, et je serai ce soir enfin prêt pour aider à monter ce 1er camp français qui se déroulera du 3 au 9 aout. Je pars avec des amis qui font un détour par ici avec leur camping car pour m'aider à emmener du matériel (grosse tentes, caisse à outils, bâches, toiles...)

banniere camp climat

Je vais participer aux débats et aux actions contre le projet fou d'aéroport. Pour plus d'information sur ces deux points, visitez les sites de la Semaine de résistance et du Camp climat..

Je vais organiser Vendredi 7 aout à 18h30 un atelier pour le collectif jeune Urgence climatique, Justice social. C'est ce qui m'a occupé depuis une semaine. Basé sur une base politique commune (cf. appel ci-dessous), des organisations de jeunesse se regroupent pour informer et mobiliser les jeunes sur les campus, en villes et dans les campagnes en vue de la COP15, la réunion de l'ONU sur le climat en décembre à Copenhague.

Je ne sais pas si je pourrais faire des mises à jour du blog d'ici la mi-aout, mais je vous tiendrai informé des résultats de ce camp climat ! Radio Sterni fera peut être une émission depuis le camp, restez attentif !

Urgence climatique, justice sociale

Copenhague - décembre 2009

Site du collectif : http://climatjustice.org/ Attention : ce texte est une version provisoire.

Nous sommes à la croisée des chemins. Issu de l’activité humaine, dans le cadre d’un modèle de production agricole et industriel que les sociétés occidentales ont mis en place et qui se répand sur l’ensemble de la planète, le réchauffement climatique met en danger les moyens d’existence et les vies de milliards d’êtres humains, et menace d’extinction des millions d'espèces, alors que, d'ores et déjà, des populations entières sont affectées, en particulier les femmes, les peuples indigènes, les paysan-ne-s, les travailleur/ses, des classes sociales les plus défavorisées.

Face à cette crise écologique et sociale, mouvements sociaux, organisations écologistes, politiques et scientifiques du monde entier appellent à une action urgente et radicale.

En décembre prochain se tiendra à Copenhague la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui doit déterminer les objectifs et les solutions à mettre en œuvre à l’échelle internationale pour prolonger le protocole de Kyoto qui prend fin en 2012.

Selon les climatologues, il faudrait que les premiers responsables de l’émission des GES, les pays industrialisés, réduisent leurs émissions de 25 à 40 % d’ici 2020 et de 80 à 95 % d’ici 2050, par rapport à 1990. Maîtriser l’augmentation des émissions dans ces proportions est impératif pour limiter à 2°C la hausse des températures par rapport au niveau de l’ère préindustrielle. Au-delà, l’emballement climatique se produirait : il ne serait plus possible de maintenir une température vivable sur terre.

Les politiques actuelles sont dans l’impasse

Jusqu’ici, les mesures mises en œuvre et prévues par les différents États sont tout à fait insuffisantes pour atteindre de tels objectifs. Les mesures que préconise notamment l’Union Européenne, qui n’envisage de réduire ses émissions que de 20 % en 2020, sont très en deçà des enjeux. Alors que leur production de gaz à effet de serre par habitant est la première au monde, la proposition des Etats-Unis (réduction de 5 % des émissions sur la même période) est, quant à elle, une véritable provocation vis-à-vis des autres Nations de la planète.

Les solutions proposées actuellement ne sont pas crédibles, car elles reposent essentiellement sur les mécanismes de marché, alors que la crise économique et financière a, une fois encore, montré leur incapacité à se substituer à l’action publique et collective. La politique du « marché pilote » avec les droits à polluer, est clairement défaillante et les projets en ce domaine de l’Union européenne et des Etats-Unis relèvent du mirage idéologique.

Les fausses solutions sont également technologiques. Le nucléaire, outre qu'il s'agit d'une technologie coûteuse et porteuse de risques majeurs, ne peut être en aucun cas une solution : même un développement ambitieux du parc nucléaire ne réduirait les émissions de gaz à effet de serre que de façon très marginale. Les agro-carburants industriels quant à eux posent de nombreux problèmes environnementaux et aggravent la crise alimentaire, sans contribuer à la diminution des émissions.

Des mesures véritablement alternatives sont nécessaires.

Les objectifs de réduction des émissions de GES à atteindre ne peuvent l’être que par l’adoption, par les collectivités, les pays et les ensembles régionaux, de mesures radicales et alternatives :

  • Taxation internationale de l’énergie et des transports,
  • Re-régulation du commerce international, garantissant notamment la souveraineté alimentaire, développement massif de l’agriculture paysanne, au Nord comme au Sud
  • Relocalisation des activités économiques, rapprochement des lieux de vie et de travail, maîtrise de l’urbanisation, développement des transports en communs, ralentissement de la croissance du transport aérien…
  • Rénovation massive des bâtiments ; réorientation des investissements, notamment de recherche, vers les énergies renouvelables, la co-génération, l’efficacité énergétique et les projets écologiquement soutenables ; valorisation de la sobriété énergétique…
  • Promotion d’un modèle alimentaire autre que le modèle occidental majoritairement à base de protéines animales, afin de pouvoir diminuer les cultures utilisées pour l’élevage et réduire les émissions propres au secteur agricole.
  • Démocratisation de l’économie qui doit être réorientée vers la satisfaction des besoins sociaux et écologiques et non la recherche de profits à tout prix ou le dictat de la société de consommation et du productivisme : soutien aux circuits courts, à l’économie sociale et solidaire, au secteur coopératif…
  • Reconnaissance et protection des biens publics mondiaux tels que l’énergie, le climat, les forêts, la terre et l’eau… ; arrêt de la déforestation, protection des forêts primaires, défense de la biodiversité…

Le principe de Justice climatique et sociale doit être au centre des politiques mises en œuvres

La responsabilité historique des classes dirigeantes mondiales et des pays du Nord dans cette crise doit être reconnue. La justice et l’équité exigent que soit réparée la dette écologique du Nord, a minima par l’annulation des dettes du tiers-monde. Les transferts technologiques respectueux de l’environnement et des sociétés au Sud doivent être financés et l’aide publique augmentée, sans que cela exonère le Nord de ses propres objectifs de réduction des émissions. Les réfugiés climatiques doivent être reconnus et accueillis.

Au sein de chaque pays, des mesures d’accompagnement et de justice sociale sont indispensables afin que chacun puisse faire face aux changements à mettre en œuvre, en ayant la certitude que les efforts seront partagés par tous. Il faut garantir un accès juste et équitable aux biens et services essentiels tels que l’énergie, qui ne doivent pas être laissés au marché mais faire l’objet d’une réappropriation par la société.

Une autre répartition des richesses doit permettre une transition solidaire au Nord comme au Sud. C’est pourquoi un revenu digne doit être garanti à chacun, et les revenus financiers et du patrimoine doivent être lourdement taxés, afin de dégager les moyens nécessaires à la transformation des économies

La gestion des financements doit être démocratique et garantir la participation des populations locales.

Les sommes colossales investies dans le sauvetage du système bancaire montrent que les moyens financiers ne font pas défaut. Ces mesures à prendre qui concernent donc en premier lieu l’Europe et les autres puissances responsables de la majeure partie des pollutions, doivent être débattues démocratiquement et faire l’objet de politiques publiques audacieuses, passant outre les intérêts des grands lobbies – notamment des hydrocarbures, et définissant une production industrielle axée sur les besoins et non sur le profit ainsi qu'une répartition plus juste des richesses naturelles et produites.

En France, nous appelons les associations de défense de l’environnement, syndicats, associations de solidarité internationale, organisations politiques, collectivités locales, et plus généralement tous les citoyens à rejoindre la mobilisation internationale, pour construire ensemble une campagne qui nous permette de peser sur les décisions du sommet de Copenhague de décembre 2009.

Mobilisons-nous maintenant pour le climat et la justice sociale !

Site du collectif : http://climatjustice.org/ Attention : ce texte est une version provisoire.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe et l'Asie sur le theme du changement climatique

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