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Mot clé - Carnet de Route

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20/08/10

Rom : Tsiganes, Gitans, Sinti, Manouches, Romanichels

Je prépare la suite du voyage depuis mon village. Création de mon emploi, conférences, contacts, comptabilité : j'ai de quoi m'occuper. Concentré sur ce travail, j'écoute avec effroi le récit des expulsions de roms et des destructions de leur bidonville. La xénophobie se répand à nouveau, même le New-York times et le Times en parlent. De retour de mon voyage Avenir Climat j'attendais cette politique sécuritaire. Ce n'est pas un mouvement spontané, mais ce sera une réponse à long terme pour essayer d'endiguer le chaos provoqué par la crise climatique. Quand la démocratie ne parvient à limiter les émissions de gaz à effet de serre, il ne reste que la force, monopole de l'état, pour conserver cette bulle de richesse immense et polluante des pays du Nord. Retrouvez dans ce billet les vidéos, textes et photos de mon voyage avec les roms de Rome.


Entretien avec Laurenzo Romito à Rome, le 17/02/08. 25 minutes d'entretien sur l'Observatoire Nomade qui étudie la situation des camps roms à Rome et l'identité roms par rapport aux sédentaires et à l'état.


Je présente la situation de différents camps roms à Rome : plus ou moins légal, plus ou moins peuplé, plus ou moins ancien : la diversité des situation à pour point commun la précarité et le racisme envers cette communauté différente. Vous aurez un aperçu des camps, des habitats et des personnes.

J'ai écrit deux textes sur cette expérience :

  • une introduction au projet Observatoire Nomade avant de partir en camping-car à la rencontre des roms
  • un article paru dans le Journal de Saône-et-Loire sur cette expérience vécu.



rom2.JPGIl y a enfin plusieurs albums photos pour présenter les camps et les roms :

  • Casilino 900 : un des plus grand bidonville de Rom à Rome, avec environ 800 personnes, situe a cote de l'ancien aéroport militaire Di Castocelli. Une personne m'a dit qu'il a été vidé depuis.
  • Candoni, la première église roms à Rome avec une architecture complètement différente. Les premiers roms sont arrivés en Italie il y a 4 siècles.
  • Castel Romano, le plus grand camp d'Europe. Plus d'un millier de personne sont concentré ici après l'évacuation de leur bidonville. Pas d'eau potable et l'unique sortie donne directement sur une autoroute. La moitié du camp est sous le contrôle d'une mafia interne et nous n'avons pas pu rester la nuit dans ce camp.
  • Salviati. Ce très ancien camp était prévu pour les italiens du sud, venu dans le nord après la seconde guerre mondiale pour trouver un travail. Peu à peu ce sont les roms qui ont habité ce camp temporaire depuis 50 ans.
  • Foro Italico. Le dernier camp visité est aussi le plus petit et peut-être le plus pérenne. Sur un terrain squatté, les familles travaillent avec un architecte pour construire des maisons avec leur matériaux mais plus pérenne et plus confortable.
  • Mattatoio. La visite ne serait pas complète sans ce point de départ ou d'arrivée. L'ancien abattoir de Rome était la zone dangereuse de la ville, repère des dealers et des trafics. Les roms avaient investit la cour centrale, des kurdes ont créé un centre culturel et un immense squat politico-culturel logeait dans une aile. La municipalité récupère peu à peu cette espace qui devien tendance avec un centre sur "une autre économie" tenu par des associations et un centre d'art moderne avec exposition et happening.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

14/08/10

Qui est AVAAZ ? C'est quoi AVAAZ ?

Je reçois régulièrement des emails ou des visites sur ce blog à propos d'AVAAZ. Les sites qui permettent d'avoir un avis sur cette organisation américaine sont peu nombreux et ceux qui le sont en français encore moins. J'ai été volontaire pendant 3 mois avec AVAAZ au sein de l'"action factory" pour la préparation du sommet de Copenhague. Mes remarques sont donc principalement basées sur cette expérience de mai à juillet 2009.

Le but d'Action Factory (l'usine à actions) était pour AVAAZ de tester le fonctionnement d'un groupe de quelques dizaines de militants volontaires (avec une petite indemnisation) sur le terrain, mobile d'un pays à l'autre, pour mener une campagne complémentaire aux pétitions sur Internet. En 2009 le sommet de Copenhague était dans la ligne de mire de toutes les organisations donc le thème de cet Action Factory fut le climat et plus précisément la signature d'un "bon" accord par les gouvernements.

  • J'ai laissé tomber, complètement dégouté par l'autoritarisme de cette organisation qui ne nous laissait aucune initiative contrairement à ce qui était annoncé dans l'annonce qui circulait par email pour recruter. Les décisions sur les actions a mener étaient prises d'avance à New-York, et la gestion du groupe de militant était concentré dans les mains d'une seule personne (qui est tout de même resté une copine après des moments houleux).
  • C'est aussi une mentalité à l'américaine de réussite et de voir le monde 'génial', 'sensass', 'cool', 'géant' qui a beaucoup de mal à s'adapter aux cultures locales : quasiment aucun travail avec des organisations locales ou qui travaillent déjà sur le sujet. Les textes sont très polis, sans polémique ni critique trop sévère pour avoir un maximum de signatures et ne pas froisser les politiques (je n'ai pas vu de campagnes anticapitalistes ou contre une entreprise). Les correspondants locaux que j'ai croisé en Italie ou en France sont des bénévoles, motivés, mais c'est souvent c'est leur première expérience militante, sans opinion politique, sans contact avec les autres ONG locales. En bref : malléables et pas formés à gérer une communauté de milliers de contacts par email.
  • AVAAZ confond email et membre, et annonce allègrement des millions de membres alors que des personnes ont seulement signé une pétition en ligne. à ma connaissance il n'y a pas de système de carte d'adhérent. Avoir un email dans une base de donné ne créé par un membre, et les personnes qui signent sont loin d'être des militants d'après les contacts rencontré lors des mes 3 mois avec eux (quand les 'membres' qui avaient répondu présent par email se déplaçaient réellement)
  • Le plus grave pour moi : l'organisation est obscure (un petit groupe basé à New-york et qui se déplace constamment pas avion), et sans but politique clair (ils se définissent comme opportuniste et par exemple on fait campagne pour un accord à Copenhague sans préciser leur position sur la finance carbone, les agrocarburants ou le nucléaire). J'ai demandé plusieurs fois lors des Action Factory d'avoir des explications plus précises sur leur campagne climat, au sein de mon groupe, puis à notre référent à New-York, puis à d'autres 'responsables'. Après un mois, j'ai eu un appel sur mon téléphone portable (alors que nous étions constamment sur Skype) en Allemagne depuis les Etats-Unis. Pendant assez longtemps, 30min à 1h, j'ai eu deux personnes qui ont critiqué mon manque de confiance, de ne pas 'croire' à AVAAZ (mais ce n'est pourtant pas une religion ?). Je n'ai eu sur le fond qu'une brève réponse : AVAAZ mène des campagnes opportuniste en fonction de l'air du temps, et ne veux pas perdre du temps comme les organisations traditionnels à réaliser des analyses poussées qui sont une perte de temps...
  • Leur travail est très pro, mais me semble plus venir d'une agence de communication que d'une action réfléchi dans le cadre d'une campagne à long terme : les textes qui amènent à signer une pétition sont court et généraux, tous sur le même format. Comme si signer une pétition sans aucune autres campagnes derrière pour donner du poids à la demande était suffisant ! Pour le G8, il n'y a jamais eu de discussion sur l'illégitimité de ce sommet alors que c'est une position largement répandus dans des organisations qui sont loin d'être révolutionnaire. Au final, il y a eu une photo de quelques militants d'AVAAZ qui ont offert une carte postale géante au 1er ministre de Grande-Bretagne pour lui demander un 'bon' accord à Copenhague
  • AVAAZ utilise de l'auto-référencement pour expliquer son nom qui signifierait 'voix' en plusieurs langues : les seuls explications viennent de leur site web. C'est anecdotique ce débat autour du nom de cette organisation, mais c'est aussi l'un des sujets les plus fréquents sur le web. Quand je leur demandais ce qu'était AVAAZ, d'où venait ce groupe, j'avais la même phrase qui revenais en boucle, apprise par cœur et publié sur leur site.
  • Le message change. Nous devions mener des actions (en fait des shows à destinations de la presse uniquement) avec des messages changeant d'un jour à l'autre. En Italie durant le G8 nous avons même du annuler au dernier moment une action qui devait porter un message (+2°C) moins radical que celle du groupe AOSIS qui représente à l'ONU les petits états et états insulaire (+1,5°C).

Au final, c'est une organisation peu crédible à mes yeux. Sans doute un bon début pour accrocher des personnes jamais politisés ou pas encore militantes, mais sans doute un très mauvais choix pour mener des campagnes sérieuses ou radicales.

D'autres liens :

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

30/07/10

Camp Action Climat : c'est partit !

Je suis au Camp Action Climat qui squatte un pré depuis le 22 juillet à côté d'Harfleur. Plus de 200 activistes profitent de la superbe vue sur le port industriel et échangent sur la justice climatique. L'un des objectif du camp : préparer une journée d'action directe le 16 octobre. Retour en image sur les premiers jours du camp.

installation_campclimat
Installation du Camp Action Climat danss un pré squatté au-dessus de la ville d'Harfleur. Les activistes se retrouvent sur 4 principes : l'autogestion, l'empreinte écologique minimum, le partage des savoirs et l'action directe.

Antifer_methanier
Premier reportage sur le projet de terminal méthanier à Antifer, en limite d'une zone Natura 2000. Le pétrole est sur sa fin, le gaz ne durera guère plus longtemps. Fasse à la crise écologique il faut garder les énergies fossiles sous terre et développer tout de suite des alternatives. Il faut changer le système, pas le climat.

campclimat_2010
Le Camp Climat est lancé. Il fonctionne comme un village avec sa boulangerie, ses cuisines végétaliennes et bio, le traitement des eaux, l'énergie éolienne ou soalire, les projections de films, la bibliothèque et l'info-kiosk, le groupe de veille, le coin médical, l'équipe juridique,.. Tout est basé sur l'autogestion et le prix libre, chacun paye en fonction de ses capacités.

campclimat_2
Visites des sites industriels du Havre et des zones naturelles menacées. La raffinerie TOTAL est l'un des premiers sites émetteurs de gaz à effet de serre en France et la cible des activistes. Total exploite les sables bitumineux au Canada ou collabore avec la dictature birmane, L'entreprise est le symbole de l'ère révolu du tout pétrole.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

Camp Action Climat : c'est parti !

Je suis au Camp Action Climat qui squatte un pré depuis le 22 juillet à côté d'Harfleur. Plus de 200 activistes profitent de la superbe vue sur le port industriel et échangent sur la justice climatique. L'un des objectif du camp : préparer une journée d'action directe le 16 octobre. Retour en image sur les premiers jours du camp.

installation_campclimat
Installation du Camp Action Climat danss un pré squatté au-dessus de la ville d'Harfleur. Les activistes se retrouvent sur 4 principes : l'autogestion, l'empreinte écologique minimum, le partage des savoirs et l'action directe.

Antifer_methanier
Premier reportage sur le projet de terminal méthanier à Antifer, en limite d'une zone Natura 2000. Le pétrole est sur sa fin, le gaz ne durera guère plus longtemps. Fasse à la crise écologique il faut garder les énergies fossiles sous terre et développer tout de suite des alternatives. Il faut changer le système, pas le climat.

campclimat_2010
Le Camp Climat est lancé. Il fonctionne comme un village avec sa boulangerie, ses cuisines végétaliennes et bio, le traitement des eaux, l'énergie éolienne ou soalire, les projections de films, la bibliothèque et l'info-kiosk, le groupe de veille, le coin médical, l'équipe juridique,.. Tout est basé sur l'autogestion et le prix libre, chacun paye en fonction de ses capacités.

campclimat_2
Visites des sites industriels du Havre et des zones naturelles menacées. La raffinerie TOTAL est l'un des premiers sites émetteurs de gaz à effet de serre en France et la cible des activistes. Total exploite les sables bitumineux au Canada ou collabore avec la dictature birmane, L'entreprise est le symbole de l'ère révolu du tout pétrole.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

17/06/10

Arrivée en cargo à Amsterdam

J'ai pris un cargo pour rentrer depuis l'Afrique jusqu'en Europe. Un beau voyage de 7500km en 10 jours qui m'a permit d'éviter l'avion et d'arriver dans la ville d'Amsterdam par le port, sans doute la voie d'accès la moins fréquenté par les touristes !

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

15/06/10

Road-movie : de France au Togo

J'ai réalisé une très longue vidéo (dans les 20 minutes) à partir de 700 photos prises sur la route entre la France et la Togo durant les 2 mois de voyage pour passer de la mer méditerranée à l'océan atlantique. Personne ne regarde une vidéo de plus de 3 minutes sur le web, alors si vous avez été suffisamment cinglés pour tout regarder, laissez moi un commentaire pour me dire ce que fait le camion jaune lors de mon arrivée au Togo...


Road-movie : France-Togo sur Yahoo! Vidéo

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

Préparation du sac à dos

J'ai réalisé cette petite vidéo lors de mon départ en février et je n'avais jamais eu le temps ou la bonne connexion pour la mettre à votre disposition. C'est un essai pour moi avec une accélération de l'image pour passer les moments répétitif que je ne voulais pas couper. Je m'en suit servis ensuite sur le cargo qui m'a ramené d'Afrique pour filmer la mer et les nuages et mettre 1h de rush en 1 min de vidéo. Ici la qualité de la vidéo est très mauvaise, j'avais encore des problèmes pour exporter mes fichiers...

...
Bon, après l'avoir vu une nouvelle fois, vous avez le droit de rire...

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

14/06/10

7500km en cargo pour rentrer en Europe.

Voici un texte écrit à bord du cargo Grande Nigeria de la compagnie italienne Grimaldi. Je le publie une fois arrivé à Amsterdam. Je passe ce soir (lundi 14 juin, vers 23h15) sur France Inter dans l'émission Allo la planète, à écouter sur votre radio en FM ou sur Internet !


Bientôt l’arrivée à Amsterdam. Depuis quelques jours je n’ai pas touché terre.

Je suis à bord d’un cargo. J’ai embarqué à Tema au Ghana le 31 mai, nous sommes partis le 1er juin. A part un arrêt le lendemain, nous ne nous sommes pas arrêtés. J’ai choisis ce mode de transport pour rentrer en Europe et terminer un voyage débuté en février 2008. 10 jours de mer pour remonter du 4° parallèle au 52° de latitude nord. La vie à bord est monotone mais je ne m’ennuie pas. Mille et un détails animent cette dernière partie du voyage que j’ai voulu atypique. La Terre est immense, une bonne partie est couverte par les océans que je connais peu et qui sont peu visité. Je me devais de le faire, par curiosité. Je voulais aussi prendre la mesure de ce passage de l’Afrique à l’Europe et découvrir la vie d’un cargo qui commerce avec le continent le plus pauvre au monde.

canary island

Les raisons sont donc multiples, la principales est sans doute la curiosité. Je me suis préparé comme pour une expédition, je n’avais rien d’autre à faire. De longues journées d’attentes à Tema avant l’arrivée du bateau, qui ont fait suite à des semaines de démarche pour trouver une compagnie, acheter un billet et finalement traversé 3 pays pour arriver au pied de la passerelle. Durant mon dernier séjour à terre j’ai acheté des oranges, de la canne à sucre à mâchouiller, des biscuits avec la tête d’Obama dessus, 1kg de nutella fait au Ghana et qui sent le beurre d’arachide, du dentifrice, bref de quoi tenir en autarcie loin de tout. Passer 10 jours en mer, même à bord d’un bateau long de 200m et haut comme un immeuble de 8 étages, c’est comme traverser un désert. J’ai aussi conservé un stock de médicament en cas de diarrhée de dernière minute ou de crises de paludisme à retardement…

En fin de compte ces fruits ne m’ont pas servis, la nourriture est abondante mais peu diverse : pâtes à tous les repas dans ce bateau sous pavillon italien, puis poisson et un énorme morceau de viande, des fois avec des légumes, puis un fruit. Les services sont à 7h30, midi et 18h. Ceux qui ne peuvent être présent ont une assiette couverte de cellophane qui attend à leur place attitrée la fin de leur quart. En tant que passager, je suis à la table d’honneur avec le capitaine et les officiers en second.

27 hommes sont à bord, dont un tiers d’italien et le reste d’indiens. La routine à bord pèse sur ses hommes forcés de vivre confinés sur cet espace somme tout restreint. Les ordinateurs portables et lecteurs MP3 sont leur refuge le soir, une fois leur 8 à 12h de travail terminé. Un passager à bord, peu fréquent dans le sens où je l’ai pris et en général moins nombreux dans les liaisons avec l’Afrique qu’avec les autres continents, est une animation bienvenue même si les contacts sont rares en dehors des officiers que je côtoie à table.

La domination du Nord sur le Sud est toujours présente : les salaires pour les italiens est environ le double de celui des indiens. Le temps passé à bord est aussi différent : 4 mois pour les marins européens, 7 pour les autres. Symbole de la mondialisation, les marchandises transportés sont constitués de produits chimiques ou manufacturés dans le sens Nord-Sud (principalement de vielles voitures trop polluantes pour le Nord, mais aussi des camions, des engins de travaux) et de produits brut dans le sens Sud-Nord (cacao, arbres, légumes).

Je passe mon temps dans ma cabine, à jouer avec un vieux jeu de 1994 récupéré la veille du départ sur Internet. Je fais un peu de photos et de vidéos à bord, édite quelques reportages, lit très doucement le seul roman qui me reste et que j’ai pu trouver au Bénin dans une auberge pour volontaire. La salle de gym du bateau me permet de faire un peu de vélo et de soulever des poids une demi-heure par jour. J’ai aussi des centaines de films sur mon disque dur et j’en regarde plusieurs d’affilé. Tous les jours vers 9h le steward qui fait le service pour les officiers vient faire le ménage.

Dehors le paysage est monotone : une mer de nuages sur un océan aquatique, une variation de bleu qui bouge très lentement, nous avançons à 18 nœuds, ce qui doit correspondre à 32 km/h environ. Nous croisons de rares bateaux lorsque notre route croise les axes de navigations. L’espace à beau être immense, l’organisation du commerce international nécessite toujours de faire les trajets au plus courts et les bateaux suivent des circuits bien définis. Pas d’oiseau dans le ciel, même au passage à proximité des îles canaries au large du Maroc, mais quelques dauphins vus de loin et des poissons volant vu du haut de la passerelle. Nous avons été suffisamment proches pendant quelques heures pour capter le réseau de téléphonies et chacun a passé un appel à sa famille. Par chance, nous avons eu droit au couché de soleil sur les îles, avec un ciel nuageux couvrant ces reliefs dépassant de l’océan atlantique. Comme un cliché, l’eau est devenue dorée, les silhouettes des iles ont virée du bleu profond au noir, et les nuages ont été percés des derniers rayons de soleil inondant cette scène d’une lumière féérique. Voir ce spectacle de la nature depuis le large fut un moment unique que peu de personne ont eu la chance de vivre.

Le ronronnement du bateau est continu. Les vibrations du moteur de ce géant au ventre vide de retour d’Afrique se répandent dans les murs, les meubles et tout ce qui peut bouger, la houle de la haute mer cogne contre la coque, la ventilation souffle tout le temps et le vent du large siffle au dehors. En même temps, les mouvements lent du gîte et du tangage me berce dans mon lit ou me font tituber lorsque je marche. Je n’ai pas le mal de mer, mais je sais qu’en arrivant à terre j’aurais toujours l’impression de marcher sur une eau en mouvement, au moins pendant quelques heures.

J’ai eu droit à deux visites du bateau, sans compter un rapide tour pour la sécurité avec les combinaisons étanches, les bouées et bateau de survie. Un officier italien m’a fait visiter les ponts et un officier indien la salle des machines. C’est grand, parfois sale mais en bon état, et les murs sont régulièrement couvert de d’affiches ou de mots d’ordre pour la sécurité. Des plans du bateau sont accrochés partout avec les différents points d’équipements de secours, d’électricité, d’eau, et je ne sais quoi encore. Le pont, là où les commandes du bateau sont regroupées, est tout en haut, au 13ème étage. L’endroit est clair avec toutes ces vitres panoramiques qui permettent d’observer la mer, et est étonnante avec tout ces cadrans, ces radars, ces manettes et téléphones. De là on commande tout le navire et on communique avec la terre.

Voilà un long récit, vous pouvez continuer à rêver en regardant les photos !

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

29/05/10

Toujours à Tema, Ghana

Je suis au Ghana et je n’en finis plus d’écrire sur mon départ, 3 textes en 3 jours ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps. Je veux sans doute garder une trace de ces dernières sensations de voyage, tant j’ai l’impression que mon voyage sera terminé une fois débarqué à Amsterdam…

Je me brossais les dents il y a un instant, et l’image que le grand miroir de ma chambre me renvoyais est finalement étonnante et illustre ce denier voyage en Afrique. Je porte un pantalon de bazin blanc, acheté et taillé sur mesure au Togo il y a une semaine. C’est un bazin de luxe, un tissu de coton amidonné (en principe du Mali mais j’ai l’impression que le mien vient d’Allemagne) très confortable et agréable à regarder, même en France. Je veux dire que ce n’est pas un tissus tape à l’œil comme les chemises africaines immettable sous nos cieux (mais que j’ai pourtant acheté en nombre... pour les amis sûrement)

La coupe est assez large car j’ai du perdre plus de 10kg depuis mon départ de France le 19 février. Mes joues sont creusés, j’ai l’impression que mon ventre a trop de peau, je peux compter mes côtes et admirer mon épine dorsale. Je ne grignote plus du tout depuis 3 mois et je ne compte plus les repas sautés, les raisons sont nombreuses. La fatigue du soir ou la chaleur du jour ne me pousse pas à la recherche. Il m’est des fois impossible de trouver autres choses que de la cuisine de rue à l’hygiène suspecte : les plats sont vendus sur les trottoirs, séparés de la route (poussiéreuse) par un égout à ciel ouvert. Mon hôte ou mon hôtel ne cuisine pas comme convenu. Le plat est si épicé ou gluant que ne fait que gouter une bouchée…

Je n’ai quasiment rien perdu (à part du poids) depuis mon premier départ en février 2008, mais aujourd’hui j’utilise une brosse les dents achetée dans un supermarché voisin car j’ai oublié la mienne dans l’hôtel précédent. Au début de mon voyage je n’arrêtais pas de faire 3 fois l’inventaire de mon sac mais en fait très peu d’objet sont absolument utile, et la plupart peuvent être remplacé dans le pays où je suis. Même le vol de mon ordinateur et de mon appareillage de prise de vue dans un train en Serbie l’an dernier non pas été trop grave grâce à ma bonne assurance (Filia MAIF) et à mes sauvegardes sur un disque dur externe.

Même la musique que j’écoute sur mon ordinateur alors que je tape ce texte me ramène à cet univers de voyage, ce monde différent dans lequel je vis pour le moment. Jimi Hope, un artiste togolais, chante une espèce de blues en ewe ou dans une autre langue inconnue et incompréhensible. Son album a été réalisé dans les pays du Nord et je l’ai vu en concert au Centre Culturel Français de Lomé au Togo. J’ai assisté à plusieurs spectacles dans les CCF à travers l’Afrique de l’ouest où ils jouent un rôle important tant il est difficile de trouver des salles de concerts corrects pour les artistes. Tant pis pour le rôle néo-colonial de l’ex-pays dominateur, que se retrouve promoteur d’une culture locale disponible pour une élite et bien différente de la soupe synthétique et réductrice qui se déverse dans les rues.

Je vais maintenant quitter ma chambre d’hôtel moyen de gammes pour essayer de visiter le port, sans doute le principal point de contact entre le Ghana et le monde extérieur. J’ai utilisé hier l’air conditionné pour la première fois tant l’air était moite après un orage. Mais le bruit du vieil appareil était trop fort et j’ai éteint. Le ventilateur au plafond n’a plus qu’une vitesse et branle dangereusement en tournant. L’unique lampe de la chambre a un verre a moitié cassé et joue à cache-cache avec les pales du ventilo, donnant un aspect stroboscopique désagréable. Les détails s’enchainent : le sommier à lattes disparates et pleins de trou qui vous casse le dos, les planches de la porte découpé à la hache et qui ferment difficilement, le beau carrelage de la salle de bains concassé pour faire rentrer la chasse d’eau des toilettes dans un espace trop étroit…

Dernier coup d’œil dans la classe avant de partir. Ah oui, penser à trouver un coiffeur ! Le dernier n’avait pas l’habitude des cheveux de blanc. D’habitude il se contente de raser les têtes noires. Moi il m’a taillé aux ciseaux. Mieux vaut garder une casquette sur la tête pour cacher le massacre pour le moment.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

Mes derniers instants en Afrique

Je pars demain. Je ne sais pas à quelle heure. Mon contact à la compagnie Grimaldi doit m’appeler : « demain ! ». Le cargo arrive de Lagos, mais impossible de savoir à quel moment il aura un quai de libre pour accoster. Je profite donc de mes derniers instants en Afrique pour parcourir cette ville inconnue d’où je vais embarquer pour 14 jours de mer. 14 jours, peut-être plus, ça dépend de l’état de la mer…


** En fait mon départ est repoussé de vendredi à dimanche car le cargo n'est pas encore arrivé**

Téma, aucun guide de voyage n’en parle. Apparemment il n’y a rien à visiter ici quand je pose la question. Je pars donc pour une de mes activités favorite : faire le tour du marché et comprendre l’organisation de mon quartier. Il n’y a pas d’urbanisme comme en Europe, mais le marché est toujours le point central. Je trouve à côté la poste et les bureaux de change. J’envoie quelques cartes postales, les premières depuis mon arrivée il y a 3 mois en Afrique je crois. Je change des dollars américains acheté au marché d’Antakya (Antioche) en Turquie il y a 2 ans et qui ne m’ont jamais servit, j’achète des euros pour avoir de l’argent de poche à bord de mon cargo. J’achète aussi un peu de cedies, la monnaie du Ghana, car mes achats de dernières minutes m’ont couté plus que prévus et je ne veux plus utiliser ma carte Visa.

Quand je me ballade dans les marchés, ou leur équivalent du monde arabe, les bazars, je n’achète que des petits trucs à grignoter car c’est assez difficile de marchander avec la foule qui vous presse. Un marché est un monde à part, c’est le centre d’une galaxie. Les villageois qui viennent ont parfois l’air d’extraterrestre, avec leurs vêtements différents ou leur appréhension face au trafic routier. Vous trouvez les fruits et légumes produits à quelques kilomètres à la ronde, mais aussi tout ce qu’une grande ville peut récupérer : chaussures et habits de seconde main, des appareils électriques…

Au milieu de tous ces stands construits avec 4 planches ou simplement délimité par un bout de tissus posé à même le sol, les cantines sont à peine moins mouvementées. Les femmes sortent de grandes bassines remplis de riz, fufu, manioc, ignames. Les sauces arachides ou tomates sont dans de petits ports et sur un coin de tables trône le poisson séché noircis par la fumée, les brochettes de bœufs et les cuisses de poulet rougis par l’huile dont elles sont badigeonnées. Trop de monde, trop de regards vers le blanc, je n’ose jamais sortir mon appareil photos.

Du Ghana en Europe, je vais mettre 14 jours. A l’époque du commerce triangulaire, les négriers mettaient 2 à 3 mois pour faire le chemin inverse. Sur l’ensemble du parcours, 30 à 40% de l’équipage pouvait décéder, et 10 à 20% des esclaves. J’aurais la belle vie à bord de mon cargo avec cabine personnelle et TV satellite (parait-il), mais je prévois quand même quelques courses :

  • des chocos pour mon petit-déj, et une pâte comme du Nutella, trouvé dans un supermarché.
  • une quinzaine d’orange, toutes vertes et moins bonnes que celle du Maroc.
  • un peu de corned-beef pour me faire un sandwich au cas où et quelques biscuits avec la tête d’Obama dessus.

En rentrant à mon hôtel je trouve un magasin de produit locaux, j’en profite pour acheter du schnaps, qui sert pour les rites vaudou et pour les mariages, et des biscuits secs. Il y a aussi du beurre d’arachide et de chocolat, mais c’est trop lourd pour mon sac. J’ai droits à 100kg de bagage à bord, mais après il me faudra tout transporter du port d’Amsterdam jusqu’à la maison quand même. Je m’arrête encore une fois en route pour manger une saucisse grillé et un verre de liqueur de chocolat puis je rentre me mettre à l’abri. Un orage arrive et je n’ai pas envie de me noyer à cause d’une pluie tropicale.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

27/05/10

Retour en Europe : 14 jours en cargo

Je viens d’arriver à Téma, une ville portuaire à 25 km à l’est d’Accra, la capitale du Ghana. Ces derniers jours ont été remplis de bus, taxi, tro-tro et zemidjan : mon départ de Cotonou au Bénin a eu lieu il y a moins de 10 jours et entre temps je suis passé par Lomé au Togo puis Accra et j’ai aussi visité Cape Coast et la forêt primaire de Kakum au Ghana.

Je dois rentrer maintenant pour les mariages de mon frère puis de ma sœur et ça sera la fin de mon voyage. Depuis le 9 mai je prépare mon retour en France. Ce n’est pas rien de terminer une aventure démarré en février 2008 mais dont l’idée date de novembre 2006. J’aurais plus de 60 000 km au compteur sur des routes et des mers qui vont du cercle polaire au tropique du cancer, du détroit de Gibraltar à la mer rouge… En distance c’est l’équivalent de deux tours du monde mais sans avion, à la rencontre de centaines de personnes impliquées dans la lutte contre le changement climatique.

Je ne veux pas rentrer en quelques heures en France en faisant un saut en avion, c’est contre l’un des principes de mon voyage (plusieurs d’entre vous me l’ont rappelé…) qui est de prendre le temps de découvrir les variations des paysages et des cultures, mais aussi d’éviter un mode de transport parmi les plus polluants (mis à part le char d’assaut ou la Formule1 peut-etre).

Je ne peux pas non plus reprendre la route en sens inverse : traverser le Sahara à cette époque vous transforme en saucisse grillé, sans compter la fatigue de deux à trois semaines de bus et les frontières à passer.

Et puis j'ai envie de prendre le temps de faire une transition en l'Afrique et l'Europe, réfléchir a la fin de ce voyage, commencer un bilan de ces années de vadrouille dans plus de 30 pays... et parfaire mon bronzage un peu aussi.

Il reste donc une dernière solution (la télétransportation mise à part) : le bateau. Il y a peu de compagnies qui effectuent le transport de passager entre l’Afrique de l’ouest et l’Europe. Suite à un message que j’ai posté sur mon Facebook, Arnaud Contreras(a360.org si je ne me trompe pas) me donne le contact du Club Cargo, un groupe de voyageurs sur Paris, et mes recherches sur Internet démarrent.

Depuis la fin de l’esclavage et l’invention de l’aviation, il ne reste plus que les cargos pour transporter les quelques fous qui veulent voyager par la mer entre l’Europe et l’Afrique. Au bout d’une vingtaine d’emails avec un certain Carlo à Naples, j’ai acheté mon billet avec la compagnie Grimaldi. Il me coûte 3 fois plus cher que l’avion et je mets autant de temps que le bus pour rallier le pays de la sainte trinité (pain-vin-fromages). Je serai à bord du Grande Nigeria, un roulier de 214m de long transportant jusqu’à 2km de véhicules et quelques conteneurs.

Il me reste moins de 48h à passer à Téma. J’en profite pour faire laver mes habits, faire quelques provisions complémentaire pour tenir le coup 14 jours à bord (mais peut-être plus en fonction de l’état de la mer) et passer chez le coiffeur. J’arrive vers le 13 juin à Amsterdam où j’ai prévus de rester 3-4 jours avant de rentrer vraiment à la maison.

Il me restera 1 ou 2 livres a ecrire, des expositions et conferences a preparer et qui devraient, je l'espere, m'occuper au moins jusqu'en mars 2011. Plus des tas d'histoires a raconter a des tas d'amis que je n'ai pas vu depuis des annees (j'ai quelques bouteilles de Bourgogne mises de cotes pour eviter de nous desecher la gorge...).

N’oubliez pas notre RDV le 6 juillet à 20h à la salle des fêtes d’Auxy (71) pour revivre ce voyage avec moi. En attendant, il y a quelques photos disponibles sur mon flickr : http://www.flickr.com/photos/benkamorvan/. Je n’ai pas eu le temps ou le courage de monter la dizaine d’interviews réalisées au Togo et au Bénin, ça sera fait durant l’été

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

14/05/10

Sous la plage, les pavés

L’africain est tout sourire. Une belle généralisation à très gros traits pour des personnes accueillante au premier abord, sans que l’on sache vraiment si cela est dû à notre prestige de colonisateurs, de riches bourgeois du Nord, ou à une réelle curiosité et besoin d’échange.

Depuis quelques semaines j’ai rencontré certains d’entre eux qui m’ont confié leur histoire, celle-ci est loin d’être rose et autre cliché de long fleuve tranquille. Ce sont des histoires de survie, de bataille pour une vie meilleure, de souffrance et d’espérance. J’ai changé les prénoms car je n’ai pas demandé aux personnes si je pouvais publier leur histoire.

Yaovi est électricien, avec ou sans formation, je ne sais pas. Il me montre très fier une maison qu’il a entièrement équipée. Il habite, lui, juste à quelques rues, dans la concession de son père polygame (deux femmes) et qui a quatre paires de jumeaux plus quelques frères et sœurs. L’immense maison ou Yaovi a travaillé semble riche et est toujours inhabité, d’autres maisons du quartier sont en construction depuis des années.

La concession du père de Yaovi a été construite quand il était chauffeur pour l’US AID. Il est maintenant au chômage, soi-disant pour causes médicales, mais peut-être parce que l’US AID a du quitter le pays à une période instable et c’est séparé de son personnel.

Son salaire lui a permis d’acheter un terrain et de bâtir une maison mais il n’a toujours pas l’eau courante. Le matin, les femmes de la maison vont chercher de l’eau chez un voisin avec d’immense bassine portée sur la tête pour remplir des jarres à moitié enterrées dans la cour. Personne ne travaille vraiment dans la maison. L’atelier de couture et le magasin d’alimentation général installés à la porte de la concession sont identiques à la dizaine de magasin du quartier et ne fonctionnent pas. La famille vie grâce à deux fils immigrés aux Etats-Unis et en Suisse.

Pour sortir de ce marasme et aider sa famille, Yaovi décide d’immigrer en Europe. Impossible d’avoir un visa : il n’a pas de famille sur place, parle difficilement français, n’a pas de formation reconnu, et pas d’argent pour faciliter les démarches. Il choisit donc la filière de l’immigration clandestine et part pour le Sénégal. Il travaille de petits boulots à Dakar. Il économise un peu d’argent qu’il envoie à sa famille et mets de côté l’argent qui servira à payer son passeur. 4 ans d’économies sont nécessaires. Un beau matin (ou un grand soir) c’est le départ. Il monte à bord d’une de ces longues barques de pêche que les sénégalais utilisent sur toute la côte jusqu’en Mauritanie. Yaovi s’entasse avec des dizaines d’autres jeunes qui rêvent d’un monde meilleur et le passeur lance le moteur pour rejoindre les îles canaries.

Ce confetti d’Espagne au large de la côte d’africaine est comme une porte interdimensionelle, une fois sur la plage de cet île, ils seront dans un autre monde, une autre galaxie, où tout le monde à des chaussures, ou toutes les routes sont bitumés, chaque famille à un frigo pleins de nourritures, il n’y a pas de coupures de courant ni d’électricité, Internet est si rapide qu’on peut voir les vidéos de tous ses groupes de musiques. Et l’argent est tellement facile à avoir, regarde ces blancs en Afrique qui payent leur moto-taxi sans marchander (pour une différence de 0,5 €), qui mangent deux fois par jour au restaurant (pour 1,5€ le plat) et qui ne travaille pas (tu es touriste ou un cadre qui donne des ordres)… Et puis surtout, Dieu, Marie et Jésus sont blancs, c’est bien la preuve que le paradis est en Europe !

Yaovi à eu de la chance, il est arrivé vivant aux Canaries. Son bateau n’a pas été submergé par une vague, son passeur ne la pas jeté par-dessus bord au large pour éviter une patrouille de police, son bateau n’a pas été à cours d’essence et n’a pas dérivé vers le large…

Cueillis pas l’immigration espagnole, il a passé un examen, les plus chanceux ont été envoyé en Espagne sans qu’il sache sur quels critères. Yaovi n’a pas fait partis des élus. Il a été renvoyé à Dakar sans un sou. Il appelle sa famille qui lui envoie de quoi payer le bus Dakar – Bamako - Ouagadougou - Lomé (ça fait dans les 3 jours de voyage s’il n’y a pas de panne).

Que se passe-t’il de retour à Lomé ? Yaovi parle peu de sa tentative d’immigration. Les conditions ont été dures, l’espoir à disparu. Il n’a toujours pas de travail et ses sœurs qui ont grandis vont également être au chômage. Il n’y a pas de futur.

Mais ce voyage lui a permis de découvrir d’autres horizons. Les autres ne connaissent que leur quartier, le marché voisin, le village et les routes qui relient ses différents points. Au-delà c’est une terra incognita. Yaovi a vu, il a voyagé, il a parlé, il a vécu. Son regard n’est plus le même et il explique aux jeunes que l’immigration n’est pas facile ni une bonne chose. Pourquoi ? A cause des souffrances, sa réflexion ne va pas plus loin pour le moment.

Ses sœurs m’ont alpagué dès que je suis arrivé dans le quartier. « On se fait un boubou ? », une fausse question pour demander de manière détourné la fabrication du costume de mariage, l’étape juste avant de s’envoler en France. Leur seule vrai question : « est-ce qu’on voit les anges depuis les fenêtres de l’avion ? » C’est vrai que le paradis doit bien exister quelque part…

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

10/05/10

Une matinée à Cotonou

Réveil par étapes. RFI à pleins tubes chez les étudiantes nigérianes de la chambre d’à côté. Démarrage vrombissant en dessous de ma fenêtre de la BMW de la femme de mon hôte. Bruits de casseroles qui s’entrechoquent dans les cuisines. Premiers cris dans la rue au passage des zemidjans, ces motos-taxis kamikazes mais incontournables.

Il est 6h15 au premier coup d’œil. J’ouvre un autre œil à 7h et je finis pas me lever, fatigué, à 8h. Il fait déjà chaud, j’ai dormis les fenêtres grande ouvertes pour laisser l’air frais de la nuit rentré, mais les pâles du ventilateur suspendu au-dessus de mon lit ne sert plus qu’à sécher la sueur. Pas de couverture ni de drap, je dors en caleçon depuis des semaines. Pas de volet non plus à ouvrir le matin, de toute façons, les maisons à étages dans ce quartier prospère sont construites si proches les unes des autres qu’il faut monter sur le toit pour voir le soleil.

Je descends à la salle à manger retrouver mon hôte qui a déjà mangé un plat de riz ou de pâte de maïs. La famille mange à part, et je partage des fois le repas du soir ou du midi en tête à tête avec le docteur Sossou, gynécologue mais aussi diplômé en droit de l’environnement et en économie. Ces trois emplois cumulés en une journée de travail de 12h non-stop lui permettent de payer son 4x4 japonnais et sa BMW, ainsi que la construction de la maison entreprise il y a 5 ans et pas encore finis.

J’avale un peu d’eau chaude soupoudré de café instantanée, un carré de sucre mais je délaisse le lait en poudre ou concentré au gout bizarre. Je trempe un bout de pain tout mou, sans beurre du Poitou-Charentes ni confiture, on n’est pas à la maison. A Lomé j’avais du pain-sucré, une espèce de pain brioché étonnamment bon.

Le déjeuner est prit dans la salle à manger-salle de réception, avec l’incontournable canapé taillé pour accueillir les formes généreuses des mamas africaines. On a l’impression d’être dans une grotte tellement les murs sont proches des fenêtres. Je sue à grosse goutte et trempe ma chemise le temps de dire bonjour.

Je remonte vite prendre ma première douche matinale. J’ai mis un seau à remplir au goutte-à-goutte qui sort des robinets. Au dire des géographes de l’université rencontré plus tard, le pays ne manque pas d’eau mais la gestion est catastrophique et entraine des coupures à cause du passéisme et de la corruption.

Je me retrouve tout humide, pas la peine de se sécher je serai à nouveau en sueur dans un instant. Je fais mon sac en emportant le minimum, on m’a dit tellement de mal des zemidjans de Cotonou que je méfie pour ma première tentative. Le jeune frère de mon hôte, ils ont dans les 20 ans d’écarts, sort dans la rue. Il sélectionne une moto-taxi sur un critère qui m’échappe (une pas trop pourri sans doute, avec au moins des freins et un rétro) et négocie un tarif local, inférieur de 25 à 50% à ce que je paierai par moi-même. 600 F CFA pour aller à l’université qui est selon mes sources à 15 ou 20 km au nord de Fidjirossé.

Je m’assois derrière mon chauffeur recouvert de sa chemise jaune avec son matricule écrit au pochoir et c’est partie pour mon premier rallye à deux roues dans la capitale économique du Bénin.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

5/05/10

Mes rituels du soir en Afrique

Chaque soir une série de gestes se répètent. Je ne les faits qu’en Afrique et ils me donnent à la fois un repère dans la journée et me signifient que je ne suis pas chez moi.

Être en voyage c’est être déséquilibré : pas les mêmes appréciations du temps, ni les mêmes personnes, les odeurs changent, la logique des interlocuteurs intriguent, etc. (par contre j’ai souvent les mêmes vêtements vu que je n’ai que deux pantalons et deux chemises…). Les repères habituels s’estompent et on en trouve d’autre pour organiser sa vie et se rattacher à la réalité, s’immerger dans une autre culture.

Ici, je dois fermer ma porte de chambre, sinon les rats risquent de venir me rendre visite. Tire le verrou, on ne sait jamais. Je me coupe en même temps du monde extérieur. Je prends mon traitement anti-palu chaque soir depuis 2 mois, j’imagine comme cela doit être contraignant pour celles qui prennent la pilule. La dernière douche de la soirée dépoussière les pieds qui ne connaissent plus que les sandales, enlève la sueur et les produits anti-moustique. Je vérifie que j’ai un peu d’eau pour la nuit : l’eau du robinet n’a pas l’air très chlorée et a un gout métallique, du coup j’ai un sachet en plastique de 50cl d’eau traité ou de source si on en croit l’étiquette.

Je branche le ventilateur qui m’évitera de nager dans ma sueur en dormant et le règle au plus bas pour limiter le bruit. Je pose sur le lit mon téléphone qui me sert de montre, une lampe frontale et un livre. J’éteins le néon et me couche. Encore une dernière étape indispensable : bien border la moustiquaire sous le matelas pour éviter de servir de casse-croute aux moustiques et bloquer toutes les petites bestioles qui auraient envie de venir me rendre visite.

En général je lis jusqu’à être mort de fatigue et je dors mes 8h tranquilles jusqu’au lendemain matin.

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23/04/10

Du lien entre moto-taxi, agriculture et climat en Afrique.

Lomé est la plus grande ville du Togo. Elle est coincée à l’ouest par la frontière du Ghana et au sud par l’océan atlantique. Le dernier recensement date des années 80 donc on ne connait pas exactement la population actuelle, les estimations sont de l’ordre d’1 à 1,5 millions d’habitants sur une population totale de 6 millions.

Pour se déplacer en ville, le plus simple est de prendre une moto-taxi. Le trajet depuis l’endroit où j’habite, Agbalépédo, jusqu’au centre Mytro Nunya auquel je participe à Soviépé coûte 400 à 500 F CFA en fonction de ce que vous négociez avec le chauffeur et s’il connait le coin. Si vous n’avez pas d’argent vous devez marcher sans doute une bonne demi-heure. Si vous avez un gros sac il faut prendre un taxi qui est généralement un miracle roulant vu le nombre de bosses dont il est couvert.

Avant de monter derrière le chauffeur, il vaut mieux lui préciser que vous n’êtes pas pressé et vérifier qu’il ne sent pas le sodabi (alcool blanc) ou le tchouc (bière de ?), que les rétro sont bien là et les pneus pas trop lisse. Tout ça pour limiter les risques d’accident dans un pays où il n’y a pas vraiment de service de médecine d’urgence. Quelques rares chauffeurs ont un casque (pour eux-même). Celui que j’ai pris hier soir pour rentrer de la journée de la Terre organisée par L’association Jeunes Volontaires pour l’Environnement au collège protestant avait un casque, mais j’ai négocié la course au tarif togolais et non yovo (blanc). Vexé, il a circulé sur le goudron à toute vitesse

Il y a deux routes pour rejoindre le centre Mytro Nunya : celle qui passe sur le goudron et l’autre. Seules les routes principales ou celles qui desservent les maisons du président sont recouvertes de goudron. Mis à part les nids de poule (ou d’autruche pour certains) elles sont pratiques pour circuler d’un bout de la ville à l’autre. Il y a ensuite les « pavées », de qualité intermédiaire et qui peuvent ressembler à une mer figée sur place avec un belle effet de vague du plus bel effet pour casser les amortisseurs ou se remplir d’eau lors des pluies. La dernière qualité de route est simplement une rue de terre. Il suffit qu’il y ait un peu de pente pour qu’une reproduction miniature du grand canyon se creuse devant votre porte. L’érosion peut atteindre plusieurs dizaines de centimètres de haut. Le seuil des maisons se retrouve au bout de quelques années inaccessibles si des marches ne sont pas ajoutées.

Je commence à préférer les routes de terres, quelque fois agrémenté de banc de sable : je me dis que ça fait moins mal quand on tombe, et les motos y roulent moins vite. Un matin, après une nuit pluvieuse, mon chauffeur parfumé au sodabi et qui avait perdu sa poignée de frein lors d’un probable accrochage, a effectué un début de glissade sur le côté gauche accompagné d’une rotation de 90° en plein milieu du goudron pour éviter une autre moto qui voulait passer au premier rang alors que le feu passait au rouge. Plus de peur que de mal dans ce dérapage presque contrôlé, mais je fais un peu plus attention maintenant et je vérifie l’état de la route et de la circulation en même temps que mon chauffeur.

Moi qui rêvait de faire le Paris-Dakar (pour ceux qui me lise pour la 1ère fois : c’est une remarque ironique), je le pratique un peu tous les jours. Les rares voitures individuelles viennent du port et sont souvent des occasions. Je n’ai aperçu qu’un concessionnaire dans la ville, pour Citroën-Toyota et l’entreprise est un reste de société coloniale. Vu ce que coute une voiture individuelle à l’achat plus son entretien et l’essence, les rues sont surtout remplies de moto, scooter, camion et taxi. C’est assez dépaysant par rapport à l’Europe de l’ouest.

Le taux de change est de 656 F CFA pour 1 Euros. Le litre d’essence est autour de 600 F CFA soit presque autant que 2Kg de riz importé. Les petits boulots gagnent moins de 15 000 FCFA par mois, l’équivalent du SMIG (qui n’est pas appliqué) est à 30 000 F CFC. Une famille de 10 personnes peut manger pendant une semaine pour 10 000 F CFA. Une voiture d’occasion coute dans les 1 à 2 millions de F CFA. Comme en Europe de l’est, toutes proportions gardées, je retrouve l’organisation des transports collectifs. Quand il n’y a pas de voiture individuelle, le secteur privé organise un service (moto, taxi, bus) que le secteur public n’est pas en moyen d’offrir. Par contre je ne me souviens pas d’avoir vu autant de deux-roues au cours de mon voyage, c’est en Afrique que j’ai découvert ce phénomène.

Les associations togolaises écrivent comme nous leurs conseils pour les éco-gestes : régler son moteur, nettoyer les filtres, contrôler la climatisation, tant il est vrai qu’un riche, au Sud comme au Nord, est un pollueur en puissance. Mais le problème ne se situent pas sur les quelques milliers de véhicules individuels que compte le Togo. Les transports ont besoin d’être sécurisé dans tous les domaines.

Les routes sont en mauvais état, les camions de marchandise sont en surcharge afin de compenser les « cadeaux » à payer à tout se qui porte un uniforme ou représente un organisme officiel. Des camions qui sont par ailleurs en mauvais état, dont les freins ou les essieux peuvent casser à tout moment.

Autre problème majeur : la répartition des récoltes d’une région à l’autre. Le manque d’organisation empêche le transfert des surplus agricoles d’une région à l’autre. Ce manque d’intérêt des classes dirigeantes, l’analphabétisme des personnes, la corruption mais aussi l’héritage d’une économie colonialiste tournée vers l’exportation s’ajoute aux impacts du changement climatique. Voila le lien entre les motos et le climat.

La modification du climat en Afrique de l’ouest modifie le rythme des saisons. Les mois en langue vernaculaire sont liés aux travaux agricoles, mais les paysans ne peuvent plus s’y fier : le mois de la pluie peut être sec, celui de la plantation des ignames ne pas convenir, etc. Les jeunes au centre Mytro Nunya me racontent que les gens se tournent vers les esprits qui, forcément, doivent être fâchés pour les traiter de la sorte. Mais malgré les montagnes de poulets sacrifiés depuis quelques années, rien ne change. Les villages sont déboussolés et ne comprennent pas ce qui se passe.

La conséquence du changement climatique est la diminution des récoltes. Le problème ne serait pas important si les surplus d’autres régions agricoles pouvaient être acheminés, un programme gouvernemental existe mais ne fonctionne pas. Encore un exemple de la double peine : les paysans subissent le changement climatique et la désorganisation (ou colonisation) du pays empêche la mise en place d’une solution d’adaptation.

Billet original sur Un voyage A travers l’Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique sur le theme du changement climatique

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